Welcome to everybody !

mars 26, 2009

Ce n’est pas un vrai blog même si il en porte le nom.
Cette interface tient lieu de book. Mes archives “wordpress” sont loin d’être exhaustives mais donnent un petit aperçu de mon travail.

Bonne lecture !

Audrey

Tom Ford : un homme d’images (Modzik, janvier/février 2009)

mars 26, 2009

Tom Ford, réal ! La nouvelle peut surprendre mais ce n’est pas un scoop. Le Tom Ford créateur ne s’est en effet jamais caché de sa passion pour le 7ème art : « C’est l’acte créateur par excellence : il faut créer les costumes, créer tout un monde, décider de la vie et de la mort des personnages. Et le cinéma a une dimension de permanence qui est absente de la mode », avait-il déclaré. Son Myspace, bien à jour, indique sans détour « profession : créateur/réalisateur ». Et dans la catégorie films préférés : « tous les films intelligents et bien ficelés ». De quoi nourrir de grandes espérances sur cet esthète, connu pour jouer de son image avec brio. Tom Ford est-il le prochain John Ford ?

 

Le tournage du film, dirigé par Tom Ford, a lieu actuellement à Los Angeles et fait déjà beaucoup jaser. Sans blague ! Le buzz aurait débuté par une info postée sur le site du Women’s Wear Daily fin 2008 (magazine américain de référence sur le monde de la mode). Son titre ? A Single Man. Ouvertement gay, celui qui endosse aujourd’hui le costume de réalisateur aborde le thème de l’homosexualité à travers son premier long métrage adapté du roman éponyme de Christopher Isherwood (1964). Le pitch ? Un homosexuel tente, après la mort de son compagnon, de surmonter le poids du quotidien. Pour ses premiers pas au cinéma, l’ex-directeur artistique de Gucci s’offre un casting sur mesure avec en tête d’affiche, le talentueux acteur britannique Colin Firth. Plus coutumier des rôles de jeune premier dans Bridget Jones ou encore Love Actually, il est ici à contre-emploi comparé au reste de sa filmographie. Il est, dans A Single Man, Georges, un professeur anglais en deuil, installé à Los Angeles. A ses côtés, Julianne Moore et le jeune Matthew Goode qui interprète le défunt amant.
Une double casquette endossée avec panache
Tom Ford pour ce premier coup d’essai ne s’est pas contenté de réaliser. Il a également assuré la réécriture du scénario avec un certain David Scearce. Le projet n’est pas sorti comme par magie du chapeau… Pas le genre du bonhomme. Non seulement Tom Ford est perfectionniste mais c’est un vrai bourreau de travail. Dès 2004, date à laquelle il doit quitter le groupe Gucci où il a exercé ses talents de créateur et communicant pendant dix ans (notamment comme directeur artistique de la branche prêt-à-porter YSL après le rachat de la marque en 2000), l’idée est en germe. Loin de se démonter, le texan multiplie les activités. Il lance sa marque en nom propre – avec ouverture de boutique en plein Manhattan dans la foulée et une autre probable en 2009 sur Rodeo Drive – et crée sa propre boîte de production « Fade to Black » en association avec Chris Weitz (« American Pie »). C’est grâce à cette société indépendante, basée à LA, qu’il peut financer le film aujourd’hui.
Tom Ford moulé pour le cinéma
Le monde du cinéma lui avait déjà fait de l’œil. Certes, Tom Ford a un physique d’acteur, mais du haut de ses 47 ans, il l’avait jusqu’à présent plutôt côtoyé en coulisses. Pour les besoins du dernier James Bond (Quantum of Solace), c’est lui en personne qui a imaginé en exclusivité pour l’agent secret le plus sexy de la planète complets, chemises, cravates et lunettes de soleil. Ca tombait bien puisque le beau Daniel Craig était fan depuis longtemps de ses collections. On avait jugé sur pièce, 007 tombait bien la veste et le pantalon moulant conformément aux codes de la silhouette Tom Ford « metrosexuelle » au possible. Jouera-t-il de son sex appeal au cinéma comme il l’a fait pour séduire le monde de la mode ? A suivre… Il ne reste qu’à souhaiter à ce dernier le même succès avec ce film qu’à la direction artistique du célèbre groupe italien où il avait réussi à imposer son style à la fois « classe et sexe ».

www.tomford.com

L’urbanwear arrive en force (L’Express, 15.01.2004)

mars 24, 2009

Sachez-le: le triangle d’or de la mode n’est plus Paris-Milan-Londres. Mais plutôt Sarcelles-Les Minguettes-Bagnolet. Si, si. Depuis quelques années, les banlieusards empoignent fermement les manettes de l’industrie textile. Leur créneau: l’urbanwear (en clair, une mode urbaine, sportive, mais stylé). Leurs fringues cultes: des pantalons baggy, des sweat-shirts coton-élasthanne à capuche et des tee-shirts à logos ou à graffs. L’histoire commence en 1997, avec la marque Bullrot, lancée par Moktar et Soone. L’intuition géniale de ces deux Toulousains? Utiliser leurs copains musiciens de la Fonky Family comme portemanteaux. En soirée, en tournée, à la télé, voilà les rappeurs rhabillés Bullrot. Six ans plus tard, la petite entreprise de ces Messieurs Jourdain du marketing pèse 22 millions d’euros de chiffre d’affaires. 240 boutiques les distribuent, sans compter La Redoute et les 3 Suisses. Même procédé pour Mohamed Dia, avec ses amis rappeurs du Secteur Ä dans le rôle d’hommes-sandwichs. Banco! Cet ex-bad boy passé par la case prison engrange, quatre ans après la création de sa marque, 18 millions d’euros chaque année. Entre-temps, les rappeurs eux-mêmes (Joey Starr, Passy, Kool Shen…) se sont lancés dans le business de la fringue. Et la cible de l’urbanwear «made in banlieue» s’est diablement élargie. Aux clients de la première heure, les loulous des cités, se sont mêlés les fans de hip-hop et les amateurs de cultures urbaines en général. Puis les ados en quête d’originalité ou en mal de frissons. «Ces marques sont perçues comme légèrement transgressives et, surtout, authentiques, différentes des fringues de multinationales sans âme», explique Fabien Kay, directeur d’études à Eurostaf. Chez Dia, on n’a pas non plus ménagé ses efforts pour séduire au-delà des cités. Désormais, la marque compte trois lignes (hip-hop, sport, basique), pour plaire à tous les Frenchies, BCBG inclus. Elle s’implantera au début de cette année à New York. Logique: le marché hexagonal sature un peu…
Dommage pour les suiveurs, inspirés par la success story. «Nombre de jeunes gens des quartiers viennent à nous avec trois tee-shirts sérigraphiés et une forte motivation, note-t-on à l’Institut Mode Méditerranée. On tente de leur faire comprendre que la mode, c’est beaucoup de travail et peu d’élus.» Quelques lascars persistent. En voilà deux à suivre:
- Jef Stasy: sa marque Wechi Wecha se veut «sport, mais classe». Show-Room, 57, rue Notre-Dame-de-Nazareth, Paris (IIIe), 06-24-59-24-32. – Eric Reningi et Farouk Belkir: deux Marseillais élus «talents des cités» en 2002. Leur marque, Guentch, tente de survivre et plaira aux amateurs de streetwear. 06-20-98-15-67.

Christian Wijnants, Le Lauréat

mars 24, 2009

Une tête de premier de la classe, un look branché sous des dehors classiques, Christian Wijnants inspire la sympathie alors qu’il aurait tout pour agacer. À seulement 29 ans, le Bruxellois à la coiffure de Tintin est aussi malicieux que le héros national. Son CV donne le tournis. Depuis son entrée à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, il enchaîne les récompenses : le prix Henry Bendel New York et le Dries Van Noten Award, décernés en 2000, alors qu’il est encore étudiant ; puis, en 2001, le très couru Grand Prix du Festival de Hyères, le Swiss Textiles Award l’an passé et l’Andam cette année… « Ça m’a permis de gagner en confiance et de financer tout ou partie de mes défilés », concède-t-il, presque gêné. Tant d’honneurs le réconfortent ; il se sent sur la bonne voie pour rivaliser avec ses aînés, Martin Margiela, Ann Demeulemeester et consorts. Cette première vague de créateurs belges aujourd’hui mondialement reconnus, qui « ont joué un rôle crucial dans l’émergence de ma vocation, j’avais alors 14 ans. Grâce à eux, j’éprouve une certaine fierté d’être belge ». La filiation artistique avec son mentor Dries Van Noten est plus qu’évidente, notamment dans leur attirance commune pour les motifs ethniques. Point de hasard : c’est Dries qui lui donne sa chance en 2001 en le nommant assistant pour son studio parisien. « Une expérience très formatrice. Entre ici et la Belgique, le monde de la mode n’a rien à voir. Notre héritage n’est pas aussi riche. Paris reste donc un passage obligé pour un créateur ».
Premier défilé
2003, l’année charnière : Christian Wijnants lance sa propre marque et défile pour la première fois à Paris. Mais, c’est sans hésiter qu’il choisit Anvers pour établir son Q.G., tout en conservant un show-room dans le Marais : « À Anvers, les loyers sont bas. Sans parler du bouillonnement artistique et de la vraie solidarité qui y règne entre les générations. » Quand on débute, les conseils des aînés valent de l’or. Las, le sens des affaires fait défaut à Christian ; pour y remédier, il s’adjoint les services d’un commercial à temps plein et d’un modéliste en renfort. C’en est tout de la petite équipe. Autant dire que dans les phases de rush, les nuits sont courtes… « Pas le droit à l’erreur. Tous les six mois, au moment des collections, le verdict tombe, confie-t-il. C’est très éprouvant physiquement. » Les périodes creuses lui servent alors à se ressourcer, de visite d’expos en voyages. Des étapes indispensables, même lorsque l’on a, comme lui, une imagination débordante. Son show printemps-été 2007, qui sera présenté lors de la Fashion week parisienne le 5 octobre, puise son souffle dans la version filmée par Jean-Jacques Annaud de L’Amant, de Marguerite Duras. « Des peaux huilées et transpirantes lors d’une chaude nuit d’été », articule-t-il dans un français impeccable. Mouvements, froissements, plis, jusqu’au tombé des drapés, rien n’est laissé au hasard chez ce perfectionniste. Le vêtement doit être souple, doux, fluide, agréable à porter et féminin – ou ne pas être. Les matières ? Naturelles, forcément : de la laine, du cachemire… Et les couleurs, « rarement sombres », sont piochées dans une palette raffinée de pastels. Ses modèles lui ressemblent : discrets – « je proscris les textures dures ou agressives » –, ils tapent dans l’œil sans être tape à l’œil. Et si, depuis peu, il conçoit des accessoires et des chaussures, c’est pour mieux « présenter son travail ».
Le roi du tricot
Et de dénoncer cette nouvelle dictature des tendances dans le prêt-à-porter. L’esthétique rock en vogue n’a pas grâce à ses yeux. Pas besoin de ça pour épater la galerie. Sur les podiums, ses pièces du soir, en soie imprimée ou brodée, en jettent. À l’image des hiboux de sa collection printemps-été 2005, le symbole grec de la sagesse – dont le jeune homme est bien pourvu : « Mieux vaut y aller lentement, mais sûrement. Beaucoup sont tombés dans le piège du succès et se sont brûlés les ailes. Il faut accepter de se chercher au début. » À défaut de s’enfermer dans un « style » – un terme fourre-tout selon lui – Christian Wijnants a trouvé sa « patte » : la maille, dont il avait les commandes « chez Dries ». Passé maître dans l’art du tricot, il enseigne aujourd’hui la technique à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, l’école qui l’a formé quelques années plus tôt. Christian regrette néanmoins que ses patchworks ingénieux soient peu accessibles pour les filles de son âge : « Les prix pratiqués en magasin vont de 200 à 500 euros… Les coûts de production sont élevés, car il s’agit de petites quantités. » Avec une quarantaine de points de vente à travers le globe, dont la plupart au Japon et seulement deux en France, il mise dorénavant sur le marché nord-américain pour se développer. Pas question pour l’heure d’ouvrir une boutique, dans sa ville de cœur ou ailleurs. Le jeune homme n’ignore rien des dures réalités du métier, mais ses arbitrages restent profondément esthétiques : « Ma conception de la mode ? Un acte de création qui touche au vivant, une manière de s’exprimer avant tout. » Un support idéal pour cet artiste dans l’âme, soucieux de s’inscrire dans la modernité. En inconditionnel de l’avant-gardiste Nicolas Ghesquière, le créateur de Balenciaga, et de Charlotte Gainsbourg, pour « la beauté innée qu’elle dégage », il est, de fait, en plein dedans. Outre qu’il évolue dans la ville la plus arty du moment, ce Tintin de la mode connaît ses classiques.

RENSEIGNEMENTS
En vente chez Spree, 16, rue La Vieuville, 75018 Paris, 01 42 23 41 40.

www.christianwijnants.be
Exposition des trois lauréats de l’Andam, Christian Wijnants, Natalia Brilli et Jens Laugesen, dans le cadre des Cartes blanches du ministère de la Culture, vitrines du Palais royal, 3, rue de Valois, 75001 Paris, à partir du 1er octobre.

Interview de Karin Albou, réalisatrice de La Petite Jérusalem

mars 24, 2009

Après des études de lettres, vous vous tournez vers le cinéma. Qu’est-ce qui vous a décidé à choisir cette voie ?

J’ai très tôt eu envie de m’exprimer. J’ai fait de la danse, du théâtre, étudié les langues étrangères (arabe, hébreu) et c’est finalement le cinéma qui m’a appelé. Il me semblait être le meilleur moyen d’expression.

La petite Jérusalem, c’est le titre que vous avez donné à votre premier long-métrage en référence à un quartier de Sarcelles…

Ce film, c’était l’occasion pour moi de parler des juifs d’Afrique du Nord arrivés sans un sou dans les années 60. Beaucoup de séfarades se sont retrouvés en banlieue parisienne à Sarcelles, Créteil ou ailleurs à l’image de la famille que l’on voit dans mon film, originaire de Tunisie. Mais au fond à travers le prisme de cette population bien particulière, il s’agit de raconter le destin de tous les immigrés – quels que soient leurs origines et leurs religions – regroupés dans des cités. La banlieue n’est pas peuplée que de désoeuvrés, je voulais aussi montrer cela. Loin de moins pour autant l’envie d’en faire un film social. Mon film ne traite pas de la banlieue comme a pu le faire La Haine en son temps. Le seul moment à la limite où mon faible pour le documentaire transparaît (ndlr, elle est l’auteur de plusieurs documentaires dont un sur l’Algérie), c’est dans ma manière de filmer la communauté orthodoxe à laquelle appartient la famille. J’ai voulu qu’on soit avec eux, il y a clairement de l’affect qui circule.

Le tournage a t-il été intégralement réalisé à Sarcelles ?

Oui, tout a été tourné là-bas (à part bien sûr les scènes à Paris). L’urbanisme m’a beaucoup inspiré. J’aurais pu choisir une autre ville en périphérie où la communauté juive est également très présente mais elle est de loin la plus emblématique et la plus importante de France en nombre.

Il y a d’ailleurs très peu de films français dans lesquels la communauté juive est observée de si près. A part peut-être La Vérité si je mens – qui frise la caricature – ou Le Tango des Rashevski…

Oui, il y en a en effet très peu. Il est important que le judaïsme ait une certaine visibilité au cinéma car finalement les gens en connaissent peu de choses comme j’ai pu le constater lors de projections. Or le public manifeste une réelle curiosité.
Le réalisateur israélien Amos Gitai par exemple, dans Kadosch, raconte le quotidien de juives orthodoxes. Mais la caméra est volontairement toujours à distance. J’avais vraiment le souhait de montrer la communauté juive autrement que ce à quoi on est habitué : les juifs du Sentier dans leurs entreprises de confection ou la bourgeoisie du Marais. On ne voit jamais les personnes qui vivent en banlieue – qui plus est des ultra religieux. Or il y en a beaucoup.

Avez-vous comme l’héroïne du film grandi à Sarcelles ?

Non. Je suis née en 1968 à Cachan mais j’ai passé mes premières années dans un HLM de banlieue (par la suite je me suis installée à Boulogne). J’ai l’occasion d’aller assez régulièrement à Sarcelles pour rendre visite à des amis très pratiquants. En ce qui me concerne, je n’ai pas du tout été éduquée dans la religion. Je suis le fruit d’un mariage mixte. Je me sens française avant tout. Ma mère est issue d’une famille catholique, elle est née en France, mon père, lui, est un juif d’Algérie. En réalité, je me sens « juive mixte » ! Aussi étrange que l’expression puisse paraître, c’est ce qui me semble le plus proche de ce que je ressens. Ma famille est très mélangée. J’ai même une demi-sœur antillaise.

Avez-vous eu à souffrir de problèmes de délinquance pendant le tournage ?

Ce n’est pas les 4000 de la Courneuve. Mais il y a quand même des zones de violence. On avait toujours un médiateur avec nous au cas où. Je me souviens d’une scène qu’on a du refaire un nombre incalculable de fois car quelqu’un nous lançait des œufs et des tomates de son balcon. Il y a eu quelques légers désagréments mais mon équipe – probablement pour ne pas me perturber – m’en a parlé qu’en fin de tournage.

Pendant longtemps Sarcelles a été montré en exemple, symbole de cité cosmopolite (plus de 80 nationalités). Cet esprit a-t-il survécu à la montée du « communautarisme » ?

Les choses ont changé, c’est certain. Les années 70 ne sont plus qu’un vieux souvenir. A cette époque, la religion était de l’ordre du privé. Le plus souvent, on ne connaissait même pas la religion de nos amis. A présent, les identités sont plus affirmées. Il faut faire et travailler avec cette réalité là. Rien ne sert de se lamenter.

On voit une synagogue brûler dans votre film en écho à la flambée d’actes antisémites qui ont touché la France dans la foulée de la deuxième intifada. Indication – une des rares – permettant de situer avec exactitude le film dans le temps.

J’ai une théorie. Quand on touche à la communauté juive d’un pays, c’est que ça va très mal. Les juifs sont généralement les premiers bouc émissaires quand des frustrations sociales se font sentir dans la société. C’était le signe avant-coureur de l’expression d’un mal qui ronge les banlieues depuis longtemps. Les juifs n’ont rien à voir avec le fait que les gens en banlieue n’ont pas de travail… Certains observateurs ont fait un rapprochement avec Mai 68. Il n’y a, pour moi, aucun parallèle possible entre Mai 68, mené par des bourgeois, et les émeutes urbaines de novembre qui s’apparente à une révolte sociale pure et dure. Un an s’est écoulé avant que les médias ne couvrent ces incidents alors que tous les jours des synagogues brûlaient, des enfants étaient molestés. Dans mon entourage proche, beaucoup ont été victimes d’insultes très graves. On attaquerait une mosquée, ça me ferait bien entendu le même effet. J’ai vécu tout cela de manière très émotionnelle. Mais il n’est pas question pour moi de quitter la France. C’est mon pays. Je ne suis pas d’accord avec les juifs français qui font leur Alya. C’est ce qui se passe d’ailleurs dans La Petite Jérusalem, à part mon personnage principal, Laura, toute la famille part en Israël. Je pense qu’au contraire il faut se battre, rester. Dans un tel climat, les replis communautaires sont inévitables. Même pour des esprits ouverts comme Laura qui se sent plus que jamais appartenir à cette communauté à un moment où les tensions sont vives. De même que si on ramène tout le temps les jeunes d’origine maghrébine au fait qu’ils s’appellent Mohamed, il ne faut pas s’étonner du résultat.

Est-ce pour témoigner de ce climat que vous avez écrit ce scénario ?

Ce n’est ni mon objectif ni la vocation de ce film. Le fil conducteur, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une plongée dans la communauté juive orthodoxe mais l’éveil à la sexualité et aux sentiments amoureux d’une adolescente. L’écriture du film s’est étalée sur plusieurs années et a commencé d’ailleurs bien avant le début des années 2000 qui ont vu la résurgence des actes antisémites. Le questionnement derrière tout cela se veut en réalité assez universel.

Vous êtes-vous inspirée de votre histoire personnelle pour composer le personnage principal de Laura ? Est-ce en partie autobiographique ? 

Oui, sur certains points. J’ai déjà eu des petits copains musulmans, par exemple. Mais c’est surtout dans son questionnement à l’amour et sa mise à distance de l’émotion qu’il existe des similitudes, dans le fait de vouloir tout conceptualiser et intellectualiser à outrance. C’est bien de vouloir comprendre mais c’est aussi une manière de ne pas s’autoriser à vivre les choses. Son apprentissage de la philosophie participe de cela. Mon prof de philosophie de Terminale voulait que je continue d’étudier cette matière à la fac mais je me serais desséchée si j’avais poursuivi après le bac.

La philosophie comme une ouverture sur le monde par opposition au milieu fermé à laquelle elle appartient…

Mon film traite en filigrane du thème de la liberté dans la contrainte. Ce qui m’intéressait avec le personnage de Laura, c’est qu’elle soit anachronique du fait de son milieu en assistant à des cours de philosophie. Laura est surtout tiraillée entre son désir et son éducation. Il faut dire que le judaïsme est une religion où il est autant question de foi que de loi. On y est libre dans le cadre de la loi. C’est aussi l’idée développée par les philosophes du XVIIIe siècle. La loi libère de l’oppression, elle est là pour permettre la liberté. Mais elle retrouve finalement à travers ses cours la même conception de la liberté. Laura étudie la philosophie et elle croit ainsi s’opposer à sa famille.

Vous explorez également le thème de la transgression

Transgresser, c’est faire le contraire de ce qu’on vous dit de faire. En tombant amoureuse d’un Algérien et en consommant cette passion dévorante, elle est en plein dedans.

Les deux personnes qui osent transgresser les lois de leur milieu sont Laura et Jamel. Ce sont les deux seuls à être au contact d’une culture universelle laïque. Y a-t-il selon vous un lien de causalité ?

C’est vrai, ce sont les deux éléments qui s’aventurent à l’extérieur de leur culture (musulmane avec Jamel, intellectuel victime de l’intégrisme, exilé en France et sans papier ; juive pour Laura). Mais je n’insinue pas que les religieux sont incultes. Ils n’étudient pas les mêmes sciences, c’est tout.

Vous soulevez également la question de la transmission…

C’est, en effet, une question que j’interroge dans le film. Je ne suis pas là pour donner des réponses mais pour soulever des problématiques. Je suis du côté des amoureux sans pour autant me voiler la face. Je montre bien que l’un comme l’autre se heurtent à de lourds obstacles du fait de leurs origines respectives.

Avez-vous été tentée par l’orthodoxie à un moment de votre vie?

Non, même si je m’y intéresse de près et que j’ai de nombreux amis très pratiquants. La religion juive est une partie de moi, de mon identité, mais pas la seule. Je préfère l’esprit du judaïsme que les rites que je trouve trop contraignants.

Parce que vous laissez poindre dans certaines scènes une réelle fascination pour cet univers régi par ses propres règles…

Ce qui me fascine, c’est qu’ils parviennent quand même à vivre dans la modernité. Malgré le hiatus entre ce qui se dit sur Dieu et le monde d’aujourd’hui. Ils sont touchants, tout empêtrés qu’ils sont dans leur questionnement. Si ils m’étaient antipathiques, je n’aurais pas eu envie de parler d’eux. Plutôt que de reconstituer un traditionnel dîner de Shabbat, j’ai préféré mettre en scène des fêtes religieuses qui m’émouvaient davantage tel Simra Tora qui signifie « joie de la Torah » pendant laquelle on danse avec les rouleaux de prières. Une manière pour moi de rejoindre la thématique de la liberté dans la loi. Il n’était pas autorisé de filmer le jour même de la fête donc on l’a fait trois jours avant avec des figurants du quartier toutes origines confondues. Il y avait des Chaldéens, musulmans… accoutrés en Loubavitch, c’était beau à voir. J’ai filmé Pourim (« fête du festoiement et de la joie »), qui est également une célébration très gaie où on les voit boire de la vodka à la synagogue. Cela n’est pas interdit.

Il y a une vraie pâte féminine…

Pour vous donner un exemple, ma scène préférée est celle où elle trouve le talisman offert par Jamel et qu’elle se livre à des plaisirs solitaires sur son lit. Mes deux protagonistes sont deux femmes mais je ne filme pas de la même façon Laura et Mathilde jouée par Elsa Zylberstein, la grande sœur. Il y a, d’un côté Mathilde, mariée, suivant les traditions à la lettre et qui, de ce fait, doit porter la perruque. De l’autre, une jeune femme de 18 ans, célibataire très sensuelle avec une longue et belle chevelure. Définir mon propre style m’est difficile. Si l’on s’en tient à l’esthétique du film, un des « motifs » qui revient le plus dans le film est la répétition. La promenade quotidienne de Laura ou encore les scènes où elle est à son bureau en sont quelques exemples.

Pourquoi avoir autant mis l’accent sur ce détail ?

C’est un point central dans l’esthétique de mon film. L’immeuble où la famille réside est particulièrement intéressant d’un point de vue architectural. Trois barres identiques qui sont faites de carrés dupliqués à l’infini tels des dominos. Une façon de désigner l’absurdité de ce monde et la nécessité de laisser la place pour l’ « un », l’unique dans le monde. Un des principes clés du judaïsme.

N’avez-vous pas peur de déranger voire de choquer en particulier la communauté que vous dépeignez en imaginant cet amour impossible entre une juive religieuse et un Algérien ?

C’est une communauté qui va peu au cinéma. Mais là n’est pas la question. Je n’ai pas en tête de choquer le spectateur. L’histoire d’amour entre Jamel et Laura s’insère dans l’histoire et les problématiques que j’entends soulever.

On décrit parfois les juifs de France comme étant repliés sur eux-mêmes. C’est ainsi que vivent les Loubavitch. N’y a-t-il pas un risque d’amalgame entre leur mode de vie à eux, bien spécifique, et celui de la communauté juive dans son ensemble ?

Je pense que le grand public est apte à faire la différence entre les différents courants de cette religion. La culture du judaïsme français consiste au contraire à aller vers l’autre. La tradition, dans notre pays, est plutôt à l’assimilation même si chez les séfarades c’est un peu moins vrai.

Sortie le 14 décembre 2005

Interview Bernar Venet : Les lignes indéterminées de l’artiste sur Park Avenue

mars 24, 2009

Le parcours de Bernar Venet ressemble à une ligne droite, irrésistiblement tendue vers les sommets. A 60 ans et des poussières, l’artiste n’a jamais été aussi côté. Chantre de l’« art conceptuel » (courant privilégiant la dimension théorique de la production artistique sur le résultat tangible de cette production) dans les années 70, il s´était déjà illustré à l´époque par des propositions avant-gardistes. Près de 30 ans plus tard, la barre est placée toujours aussi haut. Mais son rapport à l’œuvre d’art est devenu moins une affaire d’idées qu’une confrontation physique avec un matériau réputé difficile : l’acier. De ce combat, jaillissent d’impressionnantes sculptures, déterminantes pour la carrière de son auteur. Leur nom : les « Lignes Indéterminées »… Mais cette vaste entreprise n’aurait pu prendre corps sans la minutieuse « organisation du travail » érigée par Bernar Venet lui-même. Avec son studio de Chelsea, le quartier des galeries à New York, le contact téléphonique est permanent, ses liens avec la France – où il possède plusieurs « points de chute » – sont aussi restés très forts. Ce natif d´un petit village des Alpes de Haute – Provence se dit « citoyen du monde avant tout ». Homme du monde, il l’est sans aucun doute à en juger par son carnet d’adresses bien fourni. Pour Fiaf le magazine, il parle de ses succès. Et confie ses ambitions avec l’ardeur d’un homme pressé, bien résolu à se tailler une place de premier plan dans l’histoire…de l’Art.

 

Des expositions personnelles un peu partout à travers le monde (dont la plus spectaculaire vient de s’achever sur Park Avenue), de nombreuses distinctions des deux côtés de l’Atlantique (membre de l’Académie Européenne des Sciences et des Arts de Salzbourg, designer award, grand prix des arts de la ville de Paris, Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture)…  N’avez-vous pas le sentiment d’être au sommet de gloire et peut-être de… votre art ?

Je ne sais pas si je vis actuellement mon heure de gloire. Ce qui est plus sûr, en revanche, c’est que j’ai encore beaucoup de choses à accomplir. Et le temps presse… De toute façon, dans la vie, soit on monte soit on descend. Il n’existe pas de point d’équilibre. Mais je dois admettre que, depuis trois ans environ, le sens du vent m’est favorable.

Pensez-vous qu’en matière d’art contemporain comme pour le reste, il y ait des modes ?

Absolument. Mais en ce qui me concerne, je suis sur la scène new-yorkaise depuis longtemps, il ne s’agit pas seulement d’une mode. Il n’y a rien de pire pour un artiste que de se raccrocher à un mouvement. L’artiste doit le dépasser ou le créer, sinon il ne mérite même pas d’y participer. Malevitch et Matisse n’ont jamais été à la mode et sont pourtant des monuments de l’histoire de l’art…

Exposer sur la célèbre Park Avenue, c’est assurément inscrire son travail dans l’espace (public) et dans le temps. Est-ce un symbole fort à vos yeux ?

C’est évidemment un honneur. Mais les commandes publiques reviennent généralement à faire en plus grand ce qu’on fait déjà en petit. Park avenue était surtout l’occasion, pour moi, de montrer enfin à New York mes œuvres de grandes dimensions. Il est bien difficile, en effet, de trouver des lieux d’expositions appropriés. Peu de galeries le permettent, la largeur des portes étant souvent insuffisante! L’autre avantage d’une installation en plein air est qu’elle s’offre à la vue de tous. Mais pour répondre entièrement à votre question, je n’y ai pas vu de symbole particulier, pas plus que quand mes sculptures avaient été exposées aux Jardins des Tuileries un an auparavant.

Vous semblez relativiser l’importance de cet événement. Mais nombre d’artistes rêveraient d’une telle consécration. Comment se fait, à ce propos, la sélection ?

Pour ce genre d´opération, il appartient aux galeries de proposer leurs artistes. C’est la Robert Miller Gallery (où j’ai présenté une série de nouveaux « Arcs » au printemps) qui a pris l’initiative de présenter ma candidature à la Ville de New York. Il a fallu ensuite constituer un dossier. L’unanimité des dix membres de la commission était requise pour décider de l’issue à donner au vote.

Vos pièces se vendent très cher à présent. Lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, le prix d’une d’entre elles – d’1m 20 de hauteur – s’est même envolé à 120 000 $ alors qu’elle était estimée entre 50 000 et 70 000 $. Ce qui fait dire à certains que vous êtes l’artiste français le plus cher au monde…

Je n’aime pas parler d’argent. C’est tellement secondaire ! Je regrette d’ailleurs que le marché de l’art s’adresse aujourd’hui à un public qui en a une connaissance limitée, souvent réduite a celle des catalogues de ventes aux enchères. Et dont l’unique objectif est de spéculer. Une bonne critique est encore ce qu’il y a de plus flatteur pour un artiste. Je signerais tout de suite un contrat avec le diable ou n’importe qui, pour peu que mes oeuvres soient encore reconnues dans trois siècles.

Recherchez-vous la postérité à tout prix ? Dans quelle mesure constitue-t-elle un moteur dans le travail de création ?

Tout artiste nourrit le souhait de voir un jour son travail occuper une place de choix dans l’histoire de la culture. Mais la postérité n’est pas une fin en soi. Mieux vaut être Van Gogh dont l’influence dans l’histoire de l’art a été décisive sans avoir vendu la moindre toile de son vivant que Bouguerau, peintre officiel couvert de commandes, dont personne ne se souvient aujourd’hui. Seul compte l’apport théorique des œuvres. L’esthétique n’a aucune valeur à mes yeux.

« Rediriger l’activité esthétique vers l’esprit ». Cette formule est de vous et résume parfaitement le propos de l’art conceptuel. Bien que vous ne vous reconnaissiez plus dans ce mouvement, tout porte à croire que vous y resterez associé…

Je sais qu’on a coutume de me rattacher à l’art conceptuel – voire même parfois aux minimalistes – dans les livres d’art alors que j’ai mis un terme à cette aventure dès les années 70. Si mes sculptures ont encore des bases conceptuelles, elles sont le fruit d’un gros travail sur la forme ; ce qui est en contradiction avec le fondement même de cet art évacuant toute réflexion sur des questions formelles (c’est-à-dire formes, couleurs…).

C’est donc une période belle et bien révolue. Comment vous situer à présent ?

Je tente de proposer une démarche suffisamment originale pour qu’elle n’ait à voir avec aucun autre mouvement. La notion de « style » me paraît datée et évoque pour moi l’école de Paris, dont les représentants faisaient un usage outrancier dans les années 50. Je lui préfère celle de « matrice conceptuelle ». Libre à l’artiste ensuite de s’exprimer de la manière dont il le souhaite dans le respect du système philosophique qu il s’est créée. Car pour moi, il ne fait pas de différence entre une sculpture, une peinture, une composition musicale et une performance, il s’agit du même contenu. Seul le contenant varie. Mais soyons clair, si je fais de la musique, je ne vais pas essayer de me mesurer aux grands noms du répertoire classique.

On vous présente le plus souvent comme un sculpteur. C’est finalement assez réducteur. Vous êtes un touche à tout …

C’est vrai, mais c’est généralement mal vu. On est davantage pris au sérieux quand on se cantonne à un seul domaine. Ce qui ne m’empêche pas de poursuivre mes expérimentations, principalement dans le domaine musical à partir de ce que j’appelle les bruits « concrets » (exemples : les moteurs du Concorde, des sons enregistrés dans mon atelier …). Ces temps-ci, je travaille dans un tout autre registre avec le chanteur d’opéra Thomas Hampson. Un projet très stimulant. J’espère, par ailleurs, avoir la chance de renouveler l’expérience de la performance « Poésie-film-musique » faite au Centre Georges Pompidou en 2002 – mêlant un film qui datait de 1961, des poèmes ainsi que mes compositions sonores – mais cette fois à New York.

Artiste français à New York. Est-ce une bonne carte de visite ?

Ce n´est plus un avantage. La France était le centre de la vie artistique au siècle dernier. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui. Mais il y a toujours un certain prestige à être un couturier ou cuisinier français aux Etats-Unis.

Vous vous êtes installé définitivement dans la « Grosse Pomme » en 1966. Racontez-nous votre arrivée.

J’étais si fauché que je n’avais pas où dormir le premier soir. Mais New York était le seul endroit où il fallait être quand on est artiste. C est pourquoi j’ai choisi de rester. Arman, que j’avais rencontré à Nice, avait eu la gentillesse de m’offrir le billet d’avion. Ni lui ni moi n’avons regretté d’être venus. J’ai vécu au début dans son atelier vétuste qui empestait le polyester. Et, pour survivre, en plus d innombrables petits boulots, j’ai été son assistant. Un jour de désespoir, j’en suis même arrive à voler des Campbell Soup sur la 23ème rue! J’ai voulu les rembourser des années plus tard, mais le magasin avait fait faillite. Je ne voudrais surtout pas avoir l’air misérabiliste, car c’était, malgré tout, une belle époque.

On peut dire de votre vie, qu´elle ressemble à une vraie « success story » à l’américaine.

Du moins, à mes début, s’agissait-il d’un succès d’estime… Je faisais partie des artistes d’avant – garde. Echanger avec Sol Lewitt ou Donald Judd, appartenant au courant minimaliste, valait tout l’or du monde. Je leur dois d’ailleurs beaucoup, car c’est grâce à eux que j’ai pu exposer chez Leo Castelli et Virginia Dwan en 1968. Certes, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes très tôt. Mais il n’était pas donné à tout le monde de mériter leur confiance, tant les membres de ce cercle étaient durs y compris avec eux-mêmes. Juste avant que je cesse temporairement mon activité, une exposition de mes oeuvres organisée au musée Hans Lange de Krefeld en Allemagne avait reçu un excellent accueil. De 1976 – date a laquelle j’ai repris ma production artistique – jusqu en 1985, il m a fallu reconquérir au prix de gros efforts une place dans le milieu fermé de l’art contemporain. Ca n’a donc pas été toujours si facile.

Mais, dès 1963, vous vous étiez fait connaître avec le « Tas de Charbon » considéré par certains historiens d’art comme la première sculpture n’ayant pas de forme spécifique…

Oui, c’est vrai. J´en ai eu l’idée à la vue d’un tas de gravier mélangé à du goudron au bord d’une route de Nice, à l’époque où je travaillais justement sur des peintures « goudron ». Cette sculpture a eu le mérite d interroger bon nombre des critères conventionnels. Une des premières questions essentielles soulevées par cette œuvre est : qu’est-ce qui fait d’elle une sculpture ? Pourquoi pas, après tout, puisqu’il s’agit d’un volume… obéissant, lui, aux lois de la gravité. Pour ce qui est du charbon, ce choix s’explique pour une raison purement pratique : il est simple à manier.

Vous aimez provoquer ?

Pas du tout. Selon moi, on ne peut prétendre apporter de la connaissance et la garder seulement pour soi. Il n’y avait pas plus de provocation à réaliser un tas de charbon qu’à me coucher dans des poubelles (une performance réalisée en 1961). Il est rare que mon travail choque. Le seul risque qui le guette est de susciter l’indifférence. Cela arrive souvent avec mes peintures à base d’équations que des gens prennent pour des études chiffrées nécessaires à l’élaboration de mes sculptures.

Parlons justement de la place réservée aux mathématiques dans votre œuvre.

D’autres artistes, bien avant moi, avaient introduit les mathématiques dans leur travail. Avec du recul, je constate d’ailleurs que la démarche adoptée pendant ma période « conceptuelle » procédait davantage d’une logique scientifique qu’artistique. Mes écrits abordaient notamment la notion de « monosémie » pour désigner les œuvres d’art ayant un seul niveau d’interprétation (par opposition à « polysémie »). J’ai surtout contribué à révéler la dimension linguistique des mathématiques et ce, à des fins purement théoriques. Apparaissait pour la première fois une catégorie de signes, ne relevant ni de l’art figuratif ni de l’abstrait. Ainsi du diagramme mathématique, thème récurrent dans mon oeuvre.

C’est rare qu’un artiste ait un goût si marqué pour cette discipline …

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je n’ai pas reçu de formation scientifique. Mais j’éprouve une réelle fascination pour cet univers totalement différent du mien. J’avoue d ailleurs tirer bien plus d enseignements de livres de mathématiques ou de physique que des revues d’art. Ce n est pas un hasard si j entretiens depuis les années 60 des relations privilégiées avec des scientifiques tel Jack Ullmann, professeur à Columbia University, qui a toujours été de très bon conseil.

Vos fameuses « Lignes indéterminées » ont fait le tour du monde et sont actuellement à Denver. Par quel chemin(ement) êtes-vous arrivé jusqu’à elles?

Apres les arcs et les angles, ainsi que les lignes droites que je réalisais sur toile puis sous forme de reliefs en bois, les « Lignes indéterminées » se sont vite imposées comme un axe de réflexion majeur au point de devenir dès 1976 mon sujet principal. Je les appelle ainsi car contrairement aux autres, elles ne sont pas déterminées mathématiquement. Ces œuvres ont joué un rôle décisif dans ma perception des concepts d’ « aléatoire » et de « complexité ».

Difficile de rester insensible à leur aspect monumental. Manipuler l´acier doit relever de la véritable prouesse technique …

L’acier utilisé pour mes sculptures est plus « doux » que les autres, ce qui me facilite bien la tâche. Mais rien ne dit que je continuerai toute ma vie à l’utiliser… Bien que mes arcs et mes lignes soient en acier, ils font appel à des techniques de fabrication très distinctes. Tout ce qui n’est pas « indéterminé », c’est-à-dire lignes droites, angles et arcs, est réalisé dans une usine en Hongrie travaillant uniquement pour moi. Ma présence n’est pas indispensable. C’est à la même équipe que je confie depuis plusieurs années la réalisation de mes maquettes. Les pièces me sont rendues en morceaux. A moi ensuite d’apporter ma touche personnelle. Par contre, concernant les « Lignes indéterminées », le moindre centimètre est réalisé par mes soins dans une usine des Vosges. Les barres d acier sont très raides. Je les tords jusqu’ à en sortir quelque chose digne d’intérêt.

L’autre concept essentiel pour bien cerner votre oeuvre est l’ « aléatoire », n’est-ce pas ?

En effet. L’aléatoire fait partie de ces autres « possibilités » dans mon travail. Il évoque le contraire de l´ordre, de la construction idéale. Mes « combinaisons aléatoires de lignes indéterminées » en sont le meilleur exemple, les œuvres « Accidents » (1995) aussi qui sont nées de la chute malencontreuse d’un ensemble de barres droites appliquées verticalement contre un mur. Ce jour là, j’ai découvert que l’imprévisible, l´inattendu avaient aussi leur mot à dire dans l’art.

Les orientations prises dans votre oeuvre ont dans l’ensemble été dictées par des choix très rationnels. Mais cette fois, vous avez laissé aussi le hasard s’exprimer…

Le hasard n’explique pas tout. Le processus de création est à la fois varié et extrêmement diffus. Le tas de charbon, d’une certaine façon, évoquait déjà le caractère aléatoire des lignes…

Vous planchez depuis plusieurs années sur un projet qui a pour nom « Grandes
Diagonales » et pour sous-titre « Global art – Global communication – Global humanity » ». Pouvez – vous nous en dire deux mots ?

Comme son nom l’indique, « les Grandes Diagonales » est un projet très ambitieux. L’idée est née en 1989, à la demande de Jack Lang, ministre de la culture de l’époque, en vue de la célébration du centenaire des droits de l homme. Ma proposition n’avait pas été retenue, mais elle ne m’a jamais quitté. Il s´agissait de prendre la terre comme œuvre d’art en implantant, par exemple, à New York une barre d’acier placée de telle sorte qu’elle ressortirait dans une autre ville dans la continuation de cette ligne virtuelle souterraine, dont seules les deux extrémités seraient apparentes. Un espace avec écrans géants serait aménagé de part et d’autre pour permettre à des gens de cultures différentes de communiquer entre eux. Il comporte à l’évidence une visée humaniste. La tour Eiffel permet de voir les lointaines banlieues parisiennes, quand Global Diagonal mettrait le monde virtuellement à notre portée. L’expérience est bien sur applicable à toutes les grandes villes du monde. Mais c’est tellement cher et difficile à mettre en oeuvre qu’il n’est pas dit qu’il puisse voir le jour…

Toujours sur la brèche… Qu’est-ce qui vous fait courir ?

J’ai de nombreux projets qui ne manquent pas d´ambition comme appuyer une barre d’acier de 75 m contre l’Arc de Triomphe. Ce serait un geste fabuleux qui pourrait difficilement passer inaperçu. Le recours au photomontage permettant de visualiser la chose, il ne fait pas de doute que le résultat serait très concluant. Mais rien de comparable avec ce que je pourrais éprouver si je parvenais à remettre en question de manière radicale tout ce que j’ai fait à ce jour.

Qu’entendez-vous par « radical »?

La radicalité en art, c´est pour moi ce qui est sans compromis, novateur à l’extrême. C´est la « coupure épistémologique » dont parlait Bachelard, ce moment où tout bascule. Dans un sens, ma période conceptuelle l’a été par rapport à tout ce qui avait été pensé à l’époque. Mais on sait à quel point l’analyse de l’histoire a posteriori est sévère, il est donc trop tôt pour l’affirmer. Le temps nous dira si cela valait le coup.

Audrey Khalifa

Nouvelles publications :

Art : A Matter of Context. Bernar Venet : Writings 1975 2003, Hard Press Editions, Lenox, Massachussetts

Bernar Venet : L’espace de la perturbation, catalogue publié à l’occasion de l’exposition à la galerie Jérôme de Noirmont à Paris.

Dates clés

1966
S’installe définitivement à New York.

1971
Arrêt de son activité artistique.
Rétrospective au New York Cultural Center (New York, USA) avec publication du catalogue raisonné de son oeuvre conceptuelle.

1976
Retour à New York à l’automne. Reprend sa production artistique.
Travaux sur toile “Angles” et “Arcs” qu’il développera jusqu’en 1979.

1979
Reliefs en bois: Angles, Arcs, Diagonales et première Ligne Indéterminée.
Sculptures d’Arcs en acier et idée d’un arc monumental sur une autoroute.

1994
La Mairie de Paris présente douze sculptures “Lignes Indéterminées” sur le Champ de Mars.

1997
S’installe dans un nouveau studio à Chelsea, New York.

2002

Réalise une performance “Poésie-film-musique” au Centre Georges Pompidou, Paris, France.

2004
Exposition à la Galerie Robert Miller (New York) d’une série de nouveaux Arcs
La Ville de New York invite Bernar Venet à présenter trois grandes sculptures sur Park Avenue
Inauguration d’une sculpture monumentale à Denver

Fiaf le magazine, Alliance Française de New York, automne 2004

La folie des dents blanches (Atmosphères, juin 2005)

mars 24, 2009

Afficher la dentition d’une star de cinéma. Un (le ?) rêve pour beaucoup. Certains l’ont bien compris et s’amusent de nos fantasmes de papier glacé. Ainsi de la marque américaine Brite Smile qui égraine sur son site (britesmile.com) la longue liste de people candidats au blanchiment express (réalisé en 1heure à la chaleur d’une lampe pour maximiser l’effet d’un gel). Parmi les VIP, figurent entre autres Missy Elliot et Kevin Costner. Outre-Atlantique où la couleur des dents tourne à l’obsession, la méthode fait un malheur dans les cabinets et les… spas. Avec pas moins de 78 « Whitening teeth spa » comme on les appelle là-bas, cette enseigne passe pour être le plus gros « blanchisseur » des Etats-Unis. Il y a bien eu quelques tentatives pour en mettre sur orbite chez nous. Mais l’Ordre National des Chirurgiens-dentistes a coupé court à toutes velléités. « Il faut s’en réjouir », déclare Alain Amzalag, spécialiste du blanchiment (cf. encadré). « Il existe de grandes différences entre les deux pays qui s’expriment jusque dans la demande des patients. Ici, elle est bien plus subtile : on est sollicité pour embellir le sourire. Il faut que ça se voit sans que ça se voit. C’est encore plus vrai pour les personnes publiques comme les hommes politiques ».
Un passeport pour la vie sociale
Dans une société où le physique occupe une place considérable, il est devenu capital d’exhiber des quenottes parfaites. Véritable sésame pour les relations amoureuses, sociales mais aussi professionnelles, « le sourire est un moyen de communication dans tous les domaines de la vie courante » assure William de Gaston, auteur de « La sociologie du sourire ou le pouvoir de la séduction » (L’Harmattan, 2000). Car « synonyme de beauté, de jeunesse, de santé, d’amour, de séduction, voire d’intégration et de réussite sociale ». Rien que ça. Normal, c’est Colgate qui le dit.
Une mode… entrée dans les moeurs
Changement durable – ou de façade – des comportements prescrit par ces nouveaux diktats de la beauté ? 82% des Européens jugent en tout cas important d’avoir des incisives blanches. Pour la profession, cette pratique est belle et bien entrée dans les mœurs. Plébiscitée depuis cinq ans environ par des jeunes et moins jeunes, toujours plus nombreux à succomber à la tentation (même si les visites de cette nature ne représentent finalement que 1% du total). Les plus mordus seraient des femmes entre 35 et 45 ans. Dalila vient de se jeter à l’eau. Cette magnifique métisse de 28 ans a pourtant un sourire éclatant. Dans deux tiers des cas en effet, un tel acte ne présente aucun caractère indispensable mais purement esthétique. Comme l’a noté le chirurgien-dentiste Claude Finelle, « le besoin se fait plus particulièrement sentir chez les personnes soucieuses de leur apparence ». Dans le quartier des Champs-Élysées où il est installé, la clientèle ne lésine pas sur les moyens quand il s’agit d’améliorer un détail physique quel qu’il soit. Jugé pendant longtemps élitiste, l’acte est en voie de démocratisation accélérée.
Et maintenant dans les supermarchés
Non pas tant que les tarifs en cabinet aient baissé en 20 ans – entre 500 et 800 euros, mais l’arrivée de nouveaux produits à utiliser à la maison (« home bleaching ») disponibles en pharmacie, et pour certains en supermarché, est à l’origine de cette mini révolution. Prix moyen : 35 euros. Ce juteux marché s’élèverait déjà à 30 millions en 2004. Les grands groupes de l’hygiène bucco-dentaire jubilent. Et chacun va de sa petite recette miracle. Promesse d’un sourire ultrabright. Ils s’appellent « Simply White », « Xtra White » et rivalisent d’imagination pour nous séduire. En bandelette, stylo ou gel à appliquer façon typex, il y en a assurément pour tous les goûts. Le dernier-né chez Oral B Rembrandt, « Whitening Strips », joue les « speedy gonzales » : 5 jours – quand la plupart tablent sur 14 – pour gagner trois teintes de blanchiment à raison d’une seule application par jour ! A voir.
Attention, aux kits de blanchiment…« C’est sûr, ils ont sorti l’artillerie lourde. Il y a même des spots télé maintenant », constate Christian de Thuin, monsieur santé de l’Institut National de la Consommation. « Les gens s’intéressent de plus en plus aux produits qui peuvent s’employer seuls sans l’aide d’un tiers, ce qui n’était auparavant envisageable qu’avec des tests de grossesse. Or ça pose un problème car tout le monde n’est pas suffisamment informé des effets indésirables encourus : sensibilité accrue au chaud et au froid, picotement des gencives, irritation de l’intérieur des lèvres voire de la langue parfois » (cf. encadré). Seul le pionnier, « Crest » (leader US lancé en 2001 par Procter and Gamble), a reçu l’aval de l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire. A tel point que les fabricants préfèrent à présent communiquer sur les lingettes rafraîchissant l’haleine et autres joujoux « soft ».
Si l’on veut garder de belles dents
Jusqu’à preuve du contraire, on a encore rien trouvé de mieux que la consultation chez un pro pour se prémunir contre ce genre d’aléas. Il ne faudrait pas s’attendre pour autant à ressembler à Julia Roberts une fois la mission accomplie. Au risque d’être déçue. A vouloir laver plus blanc que blanc, ne perdons pas de vue l’objectif No1 : des dents saines et… sauves.

SOS nuit blanche : la trousse de premiers secours (A nous Paris, Octobre 2008)

mars 24, 2009

Voici un plan de combat – zone par zone – pour limiter les dégâts du lendemain. Ou comment garder la face en toutes circonstances, sous les néons des boîtes de nuit comme après une soirée arrosée.
Des traits défatigués malgré une nuit trop courte
Ca s’appelle un miracle… Pas exactement. Ce sont tout simplement des crèmes qui ont été spécialement conçues pour ce genre d’occasion. Elles s’appliquent de nuit, du peu qu’il nous reste à dormir… avant le lever du soleil. Pour les hommes, il existe un produit sur mesure chez Nickel qui porte bien son nom : « Lendemain de fête » (32 euros), un gel ultra frais à base de caféine, pour une peau reboostée. Les femmes trouveront leur salut avec la crème de nuit blanche Kenzoki (62 euros). Cette crème puise son pouvoir au cœur de plantes exotiques méconnues et d’eau végétale de riz. Le résultat est là : dès le lendemain matin, les excès de la veille sont comme effacées.

Un teint au beau fixe… comme après une bonne nuit de sommeil

Bourjois avait eu la bonne idée de lancer ce produit avant les fêtes de fin d’année 2007. Mais comme ce fond de teint spécial nuit blanche a fait ses preuves, il s’annonce cette année aussi le compagnon de nos virées jusqu’au bout de la nuit. Ce produit, qui est bourré de vitamines en tous genres, prouve qu’un teint brouillé n’est pas une fatalité ! Petit et pratique d’usage, il permet une retouche vite fait bien fait. Ni vu ni connu. « Comme après 10h de sommeil », dit le slogan… Faut quand même pas exagéré, car rien ne remplace une bonne nuit de sommeil. Mais, en attendant, c’est encore un des meilleurs plans « camouflage » disponibles à moindre frais (12,90 euros le flacon-pompe 30 ml).

Déclenchez le plan Orsec contre les cernesNe pas hésiter à déployer les grands moyens. Powerpatch en est un. Ce produit nouvelle génération fonctionne avec une pile reliée à deux électrodes et un sérum à appliquer sur la zone orbitale avant la pose des bandelettes. La manipulation dure en tout 20 minutes. Mais après, vous pouvez dire bye bye aux poches sous les yeux ! L’avantage d’un tel arsenal est qu’il s’attaque en profondeur aux cernes, grâce au principe actif contenu dans le sérum. Son efficacité est démultipliée sous l’effet de la charge électrique. Les powerpatch se vendent par coffret (5 sachets de deux patchs) au prix de 105 euros. Disons que si vous êtes une noctambule invétérée doublée d’une séductrice patentée, ça vaut peut-être le coup… surtout si votre technique de drague passe beaucoup par le regard.

Tonus… Bonus
C’est bien beau d’agir sur la forme, autrement dit, les traits du visage, les cernes… Mais il faut aussi s’attaquer au fond. C’est-à-dire la forme, notre forme, au sens de tonus. Voici le remède tout adapté pour affronter la longue nuit qui vous attend. Le produit lui-même, vendu en pharmacie, s’appelle Nuit Blanche et il tient toutes ses promesses. Il n’a pas vocation à servir de joker au moindre signe de fatigue. Il est à utiliser avec modération, pour les grandes occasions seulement. Ca ne vous empêchera pas de ressentir une pointe de fatigue en fin de soirée. Il vous aidera néanmoins à tenir la longueur. Avoir de l’energie, se sentir bien dans sa tête comme dans son corps est gage d’une soirée réussie. Et qui dit soirée réussie, dit plus de chances d’afficher une mine radieuse. Vous savez ce qui vous reste à faire : bien dormir la veille et être (en) alerte le soir même…

Quitte à voyager ! (A nous Paris, juillet 2008)

mars 24, 2009

Les grands noms de la cosmétique n’ont plus que ce mot à la bouche à cette période de l’année. Les jeunes marques, telles Doux me ou Patyka, travailleraient d’arrache pied pour ne pas louper le coche de l’été 2009 et se mettre au diapason. Gadget ou vraie valeur ajoutée pour le consommateur ? Le concept du kit de voyage a en tout cas de beaux jours devant lui entre les nouvelles règles de sécurité en vigueur dans l’aviation (flacon de 100 ml en cabine, pas plus !) et les restrictions de poids sur les bagages imposées par les compagnies low cost… Avant de se démocratiser, le produit était avant tout l’apanage des hommes d’affaires pressés. Si la nature des produits s’est perfectionnée, un kit se résume toujours à une trousse de toilette « modèle réduit », comportant l’essentiel. Désormais, Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses.
Le kit, c’est chic
Le voyageur du XXIe siècle pourra ainsi décoller en beauté ! Pratique et facilement transportable, il est utilisable pendant la durée du vol pour limiter les effets indésirables du jet-lag sur l’hydratation de la peau. De la forme d’un tetrapack illustré d’un avion qui la singularise de ses concurrents, la marque Sampar nous souhaite un « bon week-end » (c’est le nom du kit) sous forme de dosettes prêtes à l’emploi. Vous ne jurez que par les marques de luxe ? Direction Dior et ses astucieux « Travel friendly kit » proposant des soins très complets pour le visage. Petits mais costauds ! La formule bienfait multi-vital de Lancôme inclut une crème hydratante du même nom, un baume éclat, un tonique éclat contenu dans une jolie trousse de voyage. La gente masculine n’est pas en reste avec Clarins Men, Nickel et autres. Gel nettoyant visage, gel de rasage transparent et gel après rasage anti-feu constituant la panoplie du parfait homme moderne. Kiehl’s propose l’équivalent dans l’amusant « The Jesse James Dopp Kit » avec en prime un gommage pour le corps. Gageons que les « mauvais garçons » craqueront sur son packaging original, inspiré du célèbre Jesse James et de l’esprit bickers !
Des prix mini aussi
Le kit pâtit malgré tout d’une réputation de « snobisme », freinant chez certains l’acte d’achat. Mais même avec un petit budget, il est possible contrairement aux idées reçues de s’en sortir à bon compte. Cap pour ces messieurs sur le kit « travel » de Tom Robinn (23,80 €). Outre atlantique, nous dit-on, le personnel naviguant en serait fan. Les demoiselles ont déjà adopté le « kit survival », qui comme son nom l’indique réunit tout ce qu’il convient d’avoir sur soi (brosse à dent, gel pour les mains…) en cas de pépins. Une sorte de trousse de premiers secours de la gamme Sephora Express qui à 14 euros en vaut la peine. Pionnière en la matière, la célèbre enseigne a très tôt investi dans le créneau porteur du départ dernière minute, non sans humour. Chacun de ses produits étant affublé d’un nom bien senti (« no panic », « cool feet » …) selon les zones à risque ciblés ! Attention toutefois à ne pas se laisser piéger : « les kits de voyage sont généralement conçus pour être utilisés le temps d’un week-end. Pas plus », explique Patricia, attachée de presse chez Co/ Working en charge de plusieurs budgets cosmétiques. « Quatre jours, c’est un maximum ». Ca sent le vécu ! La trousse en plastique transparent Parashop à 4,90 € seulement avec laits, lotions et autres huiles pour le corps tient toutes ses promesses. Ses quatre flacons de 60 ml, son vaporisateur et le mini-pot de 30 ml, n’en sont pas moins miniatures, ils présentent néanmoins l’avantage d’être réutilisables à souhait. Une vraie bonne trouvaille pour jet-setteuses et citadines stressées.
En kit, de la tête aux pieds
Pour nous faire les yeux doux, les marques spécialisées ne lésinent pas sur les formats XXS : chacun y va de sa « formule grands voyageurs » pour cheveux, pieds, mains, dents et compagnie. Schol, par exemple, expert en soins pour petons, reste sur ses plates bandes en proposant un kit manucure/pédicure pour ceux qui n’ont pas eu le temps de passer par la case institut. Rien ne manque : grain épais, lime, pour cors et
durillons, bouchon émeri éliminant les callosités des pieds, pierre ponce… pour être belle jusqu’au bout des ongles. Pour soigner sa crinière mise à rude épreuve par les rayons du soleil, Phyto édite pour la première année une trousse nomade réunissant autour de son best-seller depuis 40 ans (une crème pour pointes sèches), une ribambelle de produits pour la modique somme de 8 euros. Les vertus des soins Qiriness associés font, quant à eux, office de véritables petits spas ambulants. La palme de la branchitude et du jusqu’au boutisme revient au Get StartedKit Bareminerals mêlant quatre poudres des pinceaux, une brume anti-brillance et surtout un DVD prodiguant conseils d’expert pour son application. 65 euros pour ne jamais perdre la face. Ca en jette. Très tendance également, le marché florissant des kits équitables (Sanoflore, Alter Eco) ravira les belles… âmes.

Dentelles

mars 24, 2009

La petite échoppe est prise en sandwich entre un primeur de fruits et légumes et une boulangerie. L’entrée n’est pas directement sur la rue, mais dans l’immeuble situé au 16 de la rue Rambuteau immédiatement à gauche après la porte. On pourrait croire qu’il s’agit d’une ancienne loge de gardien, il n’en est rien. La boutique de Shigeko, styliste japonaise, est connue notamment pour être une des plus riquiquis de Paris : c’est dans 8m2 seulement et ce, depuis 19 ans, qu’elle fait partager sa passion pour les dentelles. Comment fait-elle tenir autant de choses somme toutes assez délicates (et de clients, quand il y a de la place pour deux personnes tout juste) ? La solution : en mettre partout, des murs au plafond et à même le sol. Chemises finement brodées, nappes de grand-mère, tissus fleuris, robes à en donner le tournis (du moment que ce ne sont pas les prix, compris entre 10 à 400 euros !). Mais le véritable appât sont les bijoux mis en évidence en vitrine – seule fenêtre sur le monde extérieur. Devant tant de broches kitsch et de boucles d’oreille en pagaille, on mord à l’hameçon.
A.K
Dentelles 16, rue Rambuteau, 3ème 01 42 74 02 51 (ouvert du mardi au samedi de 14h à 18h)


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