Christian Wijnants, Le Lauréat

By audreykhalifa

Une tête de premier de la classe, un look branché sous des dehors classiques, Christian Wijnants inspire la sympathie alors qu’il aurait tout pour agacer. À seulement 29 ans, le Bruxellois à la coiffure de Tintin est aussi malicieux que le héros national. Son CV donne le tournis. Depuis son entrée à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, il enchaîne les récompenses : le prix Henry Bendel New York et le Dries Van Noten Award, décernés en 2000, alors qu’il est encore étudiant ; puis, en 2001, le très couru Grand Prix du Festival de Hyères, le Swiss Textiles Award l’an passé et l’Andam cette année… « Ça m’a permis de gagner en confiance et de financer tout ou partie de mes défilés », concède-t-il, presque gêné. Tant d’honneurs le réconfortent ; il se sent sur la bonne voie pour rivaliser avec ses aînés, Martin Margiela, Ann Demeulemeester et consorts. Cette première vague de créateurs belges aujourd’hui mondialement reconnus, qui « ont joué un rôle crucial dans l’émergence de ma vocation, j’avais alors 14 ans. Grâce à eux, j’éprouve une certaine fierté d’être belge ». La filiation artistique avec son mentor Dries Van Noten est plus qu’évidente, notamment dans leur attirance commune pour les motifs ethniques. Point de hasard : c’est Dries qui lui donne sa chance en 2001 en le nommant assistant pour son studio parisien. « Une expérience très formatrice. Entre ici et la Belgique, le monde de la mode n’a rien à voir. Notre héritage n’est pas aussi riche. Paris reste donc un passage obligé pour un créateur ».
Premier défilé
2003, l’année charnière : Christian Wijnants lance sa propre marque et défile pour la première fois à Paris. Mais, c’est sans hésiter qu’il choisit Anvers pour établir son Q.G., tout en conservant un show-room dans le Marais : « À Anvers, les loyers sont bas. Sans parler du bouillonnement artistique et de la vraie solidarité qui y règne entre les générations. » Quand on débute, les conseils des aînés valent de l’or. Las, le sens des affaires fait défaut à Christian ; pour y remédier, il s’adjoint les services d’un commercial à temps plein et d’un modéliste en renfort. C’en est tout de la petite équipe. Autant dire que dans les phases de rush, les nuits sont courtes… « Pas le droit à l’erreur. Tous les six mois, au moment des collections, le verdict tombe, confie-t-il. C’est très éprouvant physiquement. » Les périodes creuses lui servent alors à se ressourcer, de visite d’expos en voyages. Des étapes indispensables, même lorsque l’on a, comme lui, une imagination débordante. Son show printemps-été 2007, qui sera présenté lors de la Fashion week parisienne le 5 octobre, puise son souffle dans la version filmée par Jean-Jacques Annaud de L’Amant, de Marguerite Duras. « Des peaux huilées et transpirantes lors d’une chaude nuit d’été », articule-t-il dans un français impeccable. Mouvements, froissements, plis, jusqu’au tombé des drapés, rien n’est laissé au hasard chez ce perfectionniste. Le vêtement doit être souple, doux, fluide, agréable à porter et féminin – ou ne pas être. Les matières ? Naturelles, forcément : de la laine, du cachemire… Et les couleurs, « rarement sombres », sont piochées dans une palette raffinée de pastels. Ses modèles lui ressemblent : discrets – « je proscris les textures dures ou agressives » –, ils tapent dans l’œil sans être tape à l’œil. Et si, depuis peu, il conçoit des accessoires et des chaussures, c’est pour mieux « présenter son travail ».
Le roi du tricot
Et de dénoncer cette nouvelle dictature des tendances dans le prêt-à-porter. L’esthétique rock en vogue n’a pas grâce à ses yeux. Pas besoin de ça pour épater la galerie. Sur les podiums, ses pièces du soir, en soie imprimée ou brodée, en jettent. À l’image des hiboux de sa collection printemps-été 2005, le symbole grec de la sagesse – dont le jeune homme est bien pourvu : « Mieux vaut y aller lentement, mais sûrement. Beaucoup sont tombés dans le piège du succès et se sont brûlés les ailes. Il faut accepter de se chercher au début. » À défaut de s’enfermer dans un « style » – un terme fourre-tout selon lui – Christian Wijnants a trouvé sa « patte » : la maille, dont il avait les commandes « chez Dries ». Passé maître dans l’art du tricot, il enseigne aujourd’hui la technique à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, l’école qui l’a formé quelques années plus tôt. Christian regrette néanmoins que ses patchworks ingénieux soient peu accessibles pour les filles de son âge : « Les prix pratiqués en magasin vont de 200 à 500 euros… Les coûts de production sont élevés, car il s’agit de petites quantités. » Avec une quarantaine de points de vente à travers le globe, dont la plupart au Japon et seulement deux en France, il mise dorénavant sur le marché nord-américain pour se développer. Pas question pour l’heure d’ouvrir une boutique, dans sa ville de cœur ou ailleurs. Le jeune homme n’ignore rien des dures réalités du métier, mais ses arbitrages restent profondément esthétiques : « Ma conception de la mode ? Un acte de création qui touche au vivant, une manière de s’exprimer avant tout. » Un support idéal pour cet artiste dans l’âme, soucieux de s’inscrire dans la modernité. En inconditionnel de l’avant-gardiste Nicolas Ghesquière, le créateur de Balenciaga, et de Charlotte Gainsbourg, pour « la beauté innée qu’elle dégage », il est, de fait, en plein dedans. Outre qu’il évolue dans la ville la plus arty du moment, ce Tintin de la mode connaît ses classiques.

RENSEIGNEMENTS
En vente chez Spree, 16, rue La Vieuville, 75018 Paris, 01 42 23 41 40.

www.christianwijnants.be
Exposition des trois lauréats de l’Andam, Christian Wijnants, Natalia Brilli et Jens Laugesen, dans le cadre des Cartes blanches du ministère de la Culture, vitrines du Palais royal, 3, rue de Valois, 75001 Paris, à partir du 1er octobre.

Mots-clefs : , , , ,

Laisser un commentaire