Ce n’est pas un vrai blog même si il en porte le nom.
Cette interface tient lieu de book. Mes archives “wordpress” sont loin d’être exhaustives mais donnent un petit aperçu de mon travail.
Bonne lecture !
Audrey
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Cette interface tient lieu de book. Mes archives “wordpress” sont loin d’être exhaustives mais donnent un petit aperçu de mon travail.
Bonne lecture !
Audrey
Une tête de premier de la classe, un look branché sous des dehors classiques, Christian Wijnants inspire la sympathie alors qu’il aurait tout pour agacer. À seulement 29 ans, le Bruxellois à la coiffure de Tintin est aussi malicieux que le héros national. Son CV donne le tournis. Depuis son entrée à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, il enchaîne les récompenses : le prix Henry Bendel New York et le Dries Van Noten Award, décernés en 2000, alors qu’il est encore étudiant ; puis, en 2001, le très couru Grand Prix du Festival de Hyères, le Swiss Textiles Award l’an passé et l’Andam cette année… « Ça m’a permis de gagner en confiance et de financer tout ou partie de mes défilés », concède-t-il, presque gêné. Tant d’honneurs le réconfortent ; il se sent sur la bonne voie pour rivaliser avec ses aînés, Martin Margiela, Ann Demeulemeester et consorts. Cette première vague de créateurs belges aujourd’hui mondialement reconnus, qui « ont joué un rôle crucial dans l’émergence de ma vocation, j’avais alors 14 ans. Grâce à eux, j’éprouve une certaine fierté d’être belge ». La filiation artistique avec son mentor Dries Van Noten est plus qu’évidente, notamment dans leur attirance commune pour les motifs ethniques. Point de hasard : c’est Dries qui lui donne sa chance en 2001 en le nommant assistant pour son studio parisien. « Une expérience très formatrice. Entre ici et la Belgique, le monde de la mode n’a rien à voir. Notre héritage n’est pas aussi riche. Paris reste donc un passage obligé pour un créateur ».
Premier défilé
2003, l’année charnière : Christian Wijnants lance sa propre marque et défile pour la première fois à Paris. Mais, c’est sans hésiter qu’il choisit Anvers pour établir son Q.G., tout en conservant un show-room dans le Marais : « À Anvers, les loyers sont bas. Sans parler du bouillonnement artistique et de la vraie solidarité qui y règne entre les générations. » Quand on débute, les conseils des aînés valent de l’or. Las, le sens des affaires fait défaut à Christian ; pour y remédier, il s’adjoint les services d’un commercial à temps plein et d’un modéliste en renfort. C’en est tout de la petite équipe. Autant dire que dans les phases de rush, les nuits sont courtes… « Pas le droit à l’erreur. Tous les six mois, au moment des collections, le verdict tombe, confie-t-il. C’est très éprouvant physiquement. » Les périodes creuses lui servent alors à se ressourcer, de visite d’expos en voyages. Des étapes indispensables, même lorsque l’on a, comme lui, une imagination débordante. Son show printemps-été 2007, qui sera présenté lors de la Fashion week parisienne le 5 octobre, puise son souffle dans la version filmée par Jean-Jacques Annaud de L’Amant, de Marguerite Duras. « Des peaux huilées et transpirantes lors d’une chaude nuit d’été », articule-t-il dans un français impeccable. Mouvements, froissements, plis, jusqu’au tombé des drapés, rien n’est laissé au hasard chez ce perfectionniste. Le vêtement doit être souple, doux, fluide, agréable à porter et féminin – ou ne pas être. Les matières ? Naturelles, forcément : de la laine, du cachemire… Et les couleurs, « rarement sombres », sont piochées dans une palette raffinée de pastels. Ses modèles lui ressemblent : discrets – « je proscris les textures dures ou agressives » –, ils tapent dans l’œil sans être tape à l’œil. Et si, depuis peu, il conçoit des accessoires et des chaussures, c’est pour mieux « présenter son travail ».
Le roi du tricot
Et de dénoncer cette nouvelle dictature des tendances dans le prêt-à-porter. L’esthétique rock en vogue n’a pas grâce à ses yeux. Pas besoin de ça pour épater la galerie. Sur les podiums, ses pièces du soir, en soie imprimée ou brodée, en jettent. À l’image des hiboux de sa collection printemps-été 2005, le symbole grec de la sagesse – dont le jeune homme est bien pourvu : « Mieux vaut y aller lentement, mais sûrement. Beaucoup sont tombés dans le piège du succès et se sont brûlés les ailes. Il faut accepter de se chercher au début. » À défaut de s’enfermer dans un « style » – un terme fourre-tout selon lui – Christian Wijnants a trouvé sa « patte » : la maille, dont il avait les commandes « chez Dries ». Passé maître dans l’art du tricot, il enseigne aujourd’hui la technique à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, l’école qui l’a formé quelques années plus tôt. Christian regrette néanmoins que ses patchworks ingénieux soient peu accessibles pour les filles de son âge : « Les prix pratiqués en magasin vont de 200 à 500 euros… Les coûts de production sont élevés, car il s’agit de petites quantités. » Avec une quarantaine de points de vente à travers le globe, dont la plupart au Japon et seulement deux en France, il mise dorénavant sur le marché nord-américain pour se développer. Pas question pour l’heure d’ouvrir une boutique, dans sa ville de cœur ou ailleurs. Le jeune homme n’ignore rien des dures réalités du métier, mais ses arbitrages restent profondément esthétiques : « Ma conception de la mode ? Un acte de création qui touche au vivant, une manière de s’exprimer avant tout. » Un support idéal pour cet artiste dans l’âme, soucieux de s’inscrire dans la modernité. En inconditionnel de l’avant-gardiste Nicolas Ghesquière, le créateur de Balenciaga, et de Charlotte Gainsbourg, pour « la beauté innée qu’elle dégage », il est, de fait, en plein dedans. Outre qu’il évolue dans la ville la plus arty du moment, ce Tintin de la mode connaît ses classiques.
RENSEIGNEMENTS
En vente chez Spree, 16, rue La Vieuville, 75018 Paris, 01 42 23 41 40.
www.christianwijnants.be
Exposition des trois lauréats de l’Andam, Christian Wijnants, Natalia Brilli et Jens Laugesen, dans le cadre des Cartes blanches du ministère de la Culture, vitrines du Palais royal, 3, rue de Valois, 75001 Paris, à partir du 1er octobre.
Après des études de lettres, vous vous tournez vers le cinéma. Qu’est-ce qui vous a décidé à choisir cette voie ?
J’ai très tôt eu envie de m’exprimer. J’ai fait de la danse, du théâtre, étudié les langues étrangères (arabe, hébreu) et c’est finalement le cinéma qui m’a appelé. Il me semblait être le meilleur moyen d’expression.
La petite Jérusalem, c’est le titre que vous avez donné à votre premier long-métrage en référence à un quartier de Sarcelles…
Ce film, c’était l’occasion pour moi de parler des juifs d’Afrique du Nord arrivés sans un sou dans les années 60. Beaucoup de séfarades se sont retrouvés en banlieue parisienne à Sarcelles, Créteil ou ailleurs à l’image de la famille que l’on voit dans mon film, originaire de Tunisie. Mais au fond à travers le prisme de cette population bien particulière, il s’agit de raconter le destin de tous les immigrés – quels que soient leurs origines et leurs religions – regroupés dans des cités. La banlieue n’est pas peuplée que de désoeuvrés, je voulais aussi montrer cela. Loin de moins pour autant l’envie d’en faire un film social. Mon film ne traite pas de la banlieue comme a pu le faire La Haine en son temps. Le seul moment à la limite où mon faible pour le documentaire transparaît (ndlr, elle est l’auteur de plusieurs documentaires dont un sur l’Algérie), c’est dans ma manière de filmer la communauté orthodoxe à laquelle appartient la famille. J’ai voulu qu’on soit avec eux, il y a clairement de l’affect qui circule.
Le tournage a t-il été intégralement réalisé à Sarcelles ?
Oui, tout a été tourné là-bas (à part bien sûr les scènes à Paris). L’urbanisme m’a beaucoup inspiré. J’aurais pu choisir une autre ville en périphérie où la communauté juive est également très présente mais elle est de loin la plus emblématique et la plus importante de France en nombre.
Il y a d’ailleurs très peu de films français dans lesquels la communauté juive est observée de si près. A part peut-être La Vérité si je mens – qui frise la caricature – ou Le Tango des Rashevski…
Oui, il y en a en effet très peu. Il est important que le judaïsme ait une certaine visibilité au cinéma car finalement les gens en connaissent peu de choses comme j’ai pu le constater lors de projections. Or le public manifeste une réelle curiosité.
Le réalisateur israélien Amos Gitai par exemple, dans Kadosch, raconte le quotidien de juives orthodoxes. Mais la caméra est volontairement toujours à distance. J’avais vraiment le souhait de montrer la communauté juive autrement que ce à quoi on est habitué : les juifs du Sentier dans leurs entreprises de confection ou la bourgeoisie du Marais. On ne voit jamais les personnes qui vivent en banlieue – qui plus est des ultra religieux. Or il y en a beaucoup.
Avez-vous comme l’héroïne du film grandi à Sarcelles ?
Non. Je suis née en 1968 à Cachan mais j’ai passé mes premières années dans un HLM de banlieue (par la suite je me suis installée à Boulogne). J’ai l’occasion d’aller assez régulièrement à Sarcelles pour rendre visite à des amis très pratiquants. En ce qui me concerne, je n’ai pas du tout été éduquée dans la religion. Je suis le fruit d’un mariage mixte. Je me sens française avant tout. Ma mère est issue d’une famille catholique, elle est née en France, mon père, lui, est un juif d’Algérie. En réalité, je me sens « juive mixte » ! Aussi étrange que l’expression puisse paraître, c’est ce qui me semble le plus proche de ce que je ressens. Ma famille est très mélangée. J’ai même une demi-sœur antillaise.
Avez-vous eu à souffrir de problèmes de délinquance pendant le tournage ?
Ce n’est pas les 4000 de la Courneuve. Mais il y a quand même des zones de violence. On avait toujours un médiateur avec nous au cas où. Je me souviens d’une scène qu’on a du refaire un nombre incalculable de fois car quelqu’un nous lançait des œufs et des tomates de son balcon. Il y a eu quelques légers désagréments mais mon équipe – probablement pour ne pas me perturber – m’en a parlé qu’en fin de tournage.
Pendant longtemps Sarcelles a été montré en exemple, symbole de cité cosmopolite (plus de 80 nationalités). Cet esprit a-t-il survécu à la montée du « communautarisme » ?
Les choses ont changé, c’est certain. Les années 70 ne sont plus qu’un vieux souvenir. A cette époque, la religion était de l’ordre du privé. Le plus souvent, on ne connaissait même pas la religion de nos amis. A présent, les identités sont plus affirmées. Il faut faire et travailler avec cette réalité là. Rien ne sert de se lamenter.
On voit une synagogue brûler dans votre film en écho à la flambée d’actes antisémites qui ont touché la France dans la foulée de la deuxième intifada. Indication – une des rares – permettant de situer avec exactitude le film dans le temps.
J’ai une théorie. Quand on touche à la communauté juive d’un pays, c’est que ça va très mal. Les juifs sont généralement les premiers bouc émissaires quand des frustrations sociales se font sentir dans la société. C’était le signe avant-coureur de l’expression d’un mal qui ronge les banlieues depuis longtemps. Les juifs n’ont rien à voir avec le fait que les gens en banlieue n’ont pas de travail… Certains observateurs ont fait un rapprochement avec Mai 68. Il n’y a, pour moi, aucun parallèle possible entre Mai 68, mené par des bourgeois, et les émeutes urbaines de novembre qui s’apparente à une révolte sociale pure et dure. Un an s’est écoulé avant que les médias ne couvrent ces incidents alors que tous les jours des synagogues brûlaient, des enfants étaient molestés. Dans mon entourage proche, beaucoup ont été victimes d’insultes très graves. On attaquerait une mosquée, ça me ferait bien entendu le même effet. J’ai vécu tout cela de manière très émotionnelle. Mais il n’est pas question pour moi de quitter la France. C’est mon pays. Je ne suis pas d’accord avec les juifs français qui font leur Alya. C’est ce qui se passe d’ailleurs dans La Petite Jérusalem, à part mon personnage principal, Laura, toute la famille part en Israël. Je pense qu’au contraire il faut se battre, rester. Dans un tel climat, les replis communautaires sont inévitables. Même pour des esprits ouverts comme Laura qui se sent plus que jamais appartenir à cette communauté à un moment où les tensions sont vives. De même que si on ramène tout le temps les jeunes d’origine maghrébine au fait qu’ils s’appellent Mohamed, il ne faut pas s’étonner du résultat.
Est-ce pour témoigner de ce climat que vous avez écrit ce scénario ?
Ce n’est ni mon objectif ni la vocation de ce film. Le fil conducteur, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une plongée dans la communauté juive orthodoxe mais l’éveil à la sexualité et aux sentiments amoureux d’une adolescente. L’écriture du film s’est étalée sur plusieurs années et a commencé d’ailleurs bien avant le début des années 2000 qui ont vu la résurgence des actes antisémites. Le questionnement derrière tout cela se veut en réalité assez universel.
Vous êtes-vous inspirée de votre histoire personnelle pour composer le personnage principal de Laura ? Est-ce en partie autobiographique ?
Oui, sur certains points. J’ai déjà eu des petits copains musulmans, par exemple. Mais c’est surtout dans son questionnement à l’amour et sa mise à distance de l’émotion qu’il existe des similitudes, dans le fait de vouloir tout conceptualiser et intellectualiser à outrance. C’est bien de vouloir comprendre mais c’est aussi une manière de ne pas s’autoriser à vivre les choses. Son apprentissage de la philosophie participe de cela. Mon prof de philosophie de Terminale voulait que je continue d’étudier cette matière à la fac mais je me serais desséchée si j’avais poursuivi après le bac.
La philosophie comme une ouverture sur le monde par opposition au milieu fermé à laquelle elle appartient…
Mon film traite en filigrane du thème de la liberté dans la contrainte. Ce qui m’intéressait avec le personnage de Laura, c’est qu’elle soit anachronique du fait de son milieu en assistant à des cours de philosophie. Laura est surtout tiraillée entre son désir et son éducation. Il faut dire que le judaïsme est une religion où il est autant question de foi que de loi. On y est libre dans le cadre de la loi. C’est aussi l’idée développée par les philosophes du XVIIIe siècle. La loi libère de l’oppression, elle est là pour permettre la liberté. Mais elle retrouve finalement à travers ses cours la même conception de la liberté. Laura étudie la philosophie et elle croit ainsi s’opposer à sa famille.
Vous explorez également le thème de la transgression
Transgresser, c’est faire le contraire de ce qu’on vous dit de faire. En tombant amoureuse d’un Algérien et en consommant cette passion dévorante, elle est en plein dedans.
Les deux personnes qui osent transgresser les lois de leur milieu sont Laura et Jamel. Ce sont les deux seuls à être au contact d’une culture universelle laïque. Y a-t-il selon vous un lien de causalité ?
C’est vrai, ce sont les deux éléments qui s’aventurent à l’extérieur de leur culture (musulmane avec Jamel, intellectuel victime de l’intégrisme, exilé en France et sans papier ; juive pour Laura). Mais je n’insinue pas que les religieux sont incultes. Ils n’étudient pas les mêmes sciences, c’est tout.
Vous soulevez également la question de la transmission…
C’est, en effet, une question que j’interroge dans le film. Je ne suis pas là pour donner des réponses mais pour soulever des problématiques. Je suis du côté des amoureux sans pour autant me voiler la face. Je montre bien que l’un comme l’autre se heurtent à de lourds obstacles du fait de leurs origines respectives.
Avez-vous été tentée par l’orthodoxie à un moment de votre vie?
Non, même si je m’y intéresse de près et que j’ai de nombreux amis très pratiquants. La religion juive est une partie de moi, de mon identité, mais pas la seule. Je préfère l’esprit du judaïsme que les rites que je trouve trop contraignants.
Parce que vous laissez poindre dans certaines scènes une réelle fascination pour cet univers régi par ses propres règles…
Ce qui me fascine, c’est qu’ils parviennent quand même à vivre dans la modernité. Malgré le hiatus entre ce qui se dit sur Dieu et le monde d’aujourd’hui. Ils sont touchants, tout empêtrés qu’ils sont dans leur questionnement. Si ils m’étaient antipathiques, je n’aurais pas eu envie de parler d’eux. Plutôt que de reconstituer un traditionnel dîner de Shabbat, j’ai préféré mettre en scène des fêtes religieuses qui m’émouvaient davantage tel Simra Tora qui signifie « joie de la Torah » pendant laquelle on danse avec les rouleaux de prières. Une manière pour moi de rejoindre la thématique de la liberté dans la loi. Il n’était pas autorisé de filmer le jour même de la fête donc on l’a fait trois jours avant avec des figurants du quartier toutes origines confondues. Il y avait des Chaldéens, musulmans… accoutrés en Loubavitch, c’était beau à voir. J’ai filmé Pourim (« fête du festoiement et de la joie »), qui est également une célébration très gaie où on les voit boire de la vodka à la synagogue. Cela n’est pas interdit.
Il y a une vraie pâte féminine…
Pour vous donner un exemple, ma scène préférée est celle où elle trouve le talisman offert par Jamel et qu’elle se livre à des plaisirs solitaires sur son lit. Mes deux protagonistes sont deux femmes mais je ne filme pas de la même façon Laura et Mathilde jouée par Elsa Zylberstein, la grande sœur. Il y a, d’un côté Mathilde, mariée, suivant les traditions à la lettre et qui, de ce fait, doit porter la perruque. De l’autre, une jeune femme de 18 ans, célibataire très sensuelle avec une longue et belle chevelure. Définir mon propre style m’est difficile. Si l’on s’en tient à l’esthétique du film, un des « motifs » qui revient le plus dans le film est la répétition. La promenade quotidienne de Laura ou encore les scènes où elle est à son bureau en sont quelques exemples.
Pourquoi avoir autant mis l’accent sur ce détail ?
C’est un point central dans l’esthétique de mon film. L’immeuble où la famille réside est particulièrement intéressant d’un point de vue architectural. Trois barres identiques qui sont faites de carrés dupliqués à l’infini tels des dominos. Une façon de désigner l’absurdité de ce monde et la nécessité de laisser la place pour l’ « un », l’unique dans le monde. Un des principes clés du judaïsme.
N’avez-vous pas peur de déranger voire de choquer en particulier la communauté que vous dépeignez en imaginant cet amour impossible entre une juive religieuse et un Algérien ?
C’est une communauté qui va peu au cinéma. Mais là n’est pas la question. Je n’ai pas en tête de choquer le spectateur. L’histoire d’amour entre Jamel et Laura s’insère dans l’histoire et les problématiques que j’entends soulever.
On décrit parfois les juifs de France comme étant repliés sur eux-mêmes. C’est ainsi que vivent les Loubavitch. N’y a-t-il pas un risque d’amalgame entre leur mode de vie à eux, bien spécifique, et celui de la communauté juive dans son ensemble ?
Je pense que le grand public est apte à faire la différence entre les différents courants de cette religion. La culture du judaïsme français consiste au contraire à aller vers l’autre. La tradition, dans notre pays, est plutôt à l’assimilation même si chez les séfarades c’est un peu moins vrai.
Sortie le 14 décembre 2005
Le parcours de Bernar Venet ressemble à une ligne droite, irrésistiblement tendue vers les sommets. A 60 ans et des poussières, l’artiste n’a jamais été aussi côté. Chantre de l’« art conceptuel » (courant privilégiant la dimension théorique de la production artistique sur le résultat tangible de cette production) dans les années 70, il s´était déjà illustré à l´époque par des propositions avant-gardistes. Près de 30 ans plus tard, la barre est placée toujours aussi haut. Mais son rapport à l’œuvre d’art est devenu moins une affaire d’idées qu’une confrontation physique avec un matériau réputé difficile : l’acier. De ce combat, jaillissent d’impressionnantes sculptures, déterminantes pour la carrière de son auteur. Leur nom : les « Lignes Indéterminées »… Mais cette vaste entreprise n’aurait pu prendre corps sans la minutieuse « organisation du travail » érigée par Bernar Venet lui-même. Avec son studio de Chelsea, le quartier des galeries à New York, le contact téléphonique est permanent, ses liens avec la France – où il possède plusieurs « points de chute » – sont aussi restés très forts. Ce natif d´un petit village des Alpes de Haute – Provence se dit « citoyen du monde avant tout ». Homme du monde, il l’est sans aucun doute à en juger par son carnet d’adresses bien fourni. Pour Fiaf le magazine, il parle de ses succès. Et confie ses ambitions avec l’ardeur d’un homme pressé, bien résolu à se tailler une place de premier plan dans l’histoire…de l’Art.
Des expositions personnelles un peu partout à travers le monde (dont la plus spectaculaire vient de s’achever sur Park Avenue), de nombreuses distinctions des deux côtés de l’Atlantique (membre de l’Académie Européenne des Sciences et des Arts de Salzbourg, designer award, grand prix des arts de la ville de Paris, Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture)… N’avez-vous pas le sentiment d’être au sommet de gloire et peut-être de… votre art ?
Je ne sais pas si je vis actuellement mon heure de gloire. Ce qui est plus sûr, en revanche, c’est que j’ai encore beaucoup de choses à accomplir. Et le temps presse… De toute façon, dans la vie, soit on monte soit on descend. Il n’existe pas de point d’équilibre. Mais je dois admettre que, depuis trois ans environ, le sens du vent m’est favorable.
Pensez-vous qu’en matière d’art contemporain comme pour le reste, il y ait des modes ?
Absolument. Mais en ce qui me concerne, je suis sur la scène new-yorkaise depuis longtemps, il ne s’agit pas seulement d’une mode. Il n’y a rien de pire pour un artiste que de se raccrocher à un mouvement. L’artiste doit le dépasser ou le créer, sinon il ne mérite même pas d’y participer. Malevitch et Matisse n’ont jamais été à la mode et sont pourtant des monuments de l’histoire de l’art…
Exposer sur la célèbre Park Avenue, c’est assurément inscrire son travail dans l’espace (public) et dans le temps. Est-ce un symbole fort à vos yeux ?
C’est évidemment un honneur. Mais les commandes publiques reviennent généralement à faire en plus grand ce qu’on fait déjà en petit. Park avenue était surtout l’occasion, pour moi, de montrer enfin à New York mes œuvres de grandes dimensions. Il est bien difficile, en effet, de trouver des lieux d’expositions appropriés. Peu de galeries le permettent, la largeur des portes étant souvent insuffisante! L’autre avantage d’une installation en plein air est qu’elle s’offre à la vue de tous. Mais pour répondre entièrement à votre question, je n’y ai pas vu de symbole particulier, pas plus que quand mes sculptures avaient été exposées aux Jardins des Tuileries un an auparavant.
Vous semblez relativiser l’importance de cet événement. Mais nombre d’artistes rêveraient d’une telle consécration. Comment se fait, à ce propos, la sélection ?
Pour ce genre d´opération, il appartient aux galeries de proposer leurs artistes. C’est la Robert Miller Gallery (où j’ai présenté une série de nouveaux « Arcs » au printemps) qui a pris l’initiative de présenter ma candidature à la Ville de New York. Il a fallu ensuite constituer un dossier. L’unanimité des dix membres de la commission était requise pour décider de l’issue à donner au vote.
Vos pièces se vendent très cher à présent. Lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, le prix d’une d’entre elles – d’1m 20 de hauteur – s’est même envolé à 120 000 $ alors qu’elle était estimée entre 50 000 et 70 000 $. Ce qui fait dire à certains que vous êtes l’artiste français le plus cher au monde…
Je n’aime pas parler d’argent. C’est tellement secondaire ! Je regrette d’ailleurs que le marché de l’art s’adresse aujourd’hui à un public qui en a une connaissance limitée, souvent réduite a celle des catalogues de ventes aux enchères. Et dont l’unique objectif est de spéculer. Une bonne critique est encore ce qu’il y a de plus flatteur pour un artiste. Je signerais tout de suite un contrat avec le diable ou n’importe qui, pour peu que mes oeuvres soient encore reconnues dans trois siècles.
Recherchez-vous la postérité à tout prix ? Dans quelle mesure constitue-t-elle un moteur dans le travail de création ?
Tout artiste nourrit le souhait de voir un jour son travail occuper une place de choix dans l’histoire de la culture. Mais la postérité n’est pas une fin en soi. Mieux vaut être Van Gogh dont l’influence dans l’histoire de l’art a été décisive sans avoir vendu la moindre toile de son vivant que Bouguerau, peintre officiel couvert de commandes, dont personne ne se souvient aujourd’hui. Seul compte l’apport théorique des œuvres. L’esthétique n’a aucune valeur à mes yeux.
« Rediriger l’activité esthétique vers l’esprit ». Cette formule est de vous et résume parfaitement le propos de l’art conceptuel. Bien que vous ne vous reconnaissiez plus dans ce mouvement, tout porte à croire que vous y resterez associé…
Je sais qu’on a coutume de me rattacher à l’art conceptuel – voire même parfois aux minimalistes – dans les livres d’art alors que j’ai mis un terme à cette aventure dès les années 70. Si mes sculptures ont encore des bases conceptuelles, elles sont le fruit d’un gros travail sur la forme ; ce qui est en contradiction avec le fondement même de cet art évacuant toute réflexion sur des questions formelles (c’est-à-dire formes, couleurs…).
C’est donc une période belle et bien révolue. Comment vous situer à présent ?
Je tente de proposer une démarche suffisamment originale pour qu’elle n’ait à voir avec aucun autre mouvement. La notion de « style » me paraît datée et évoque pour moi l’école de Paris, dont les représentants faisaient un usage outrancier dans les années 50. Je lui préfère celle de « matrice conceptuelle ». Libre à l’artiste ensuite de s’exprimer de la manière dont il le souhaite dans le respect du système philosophique qu il s’est créée. Car pour moi, il ne fait pas de différence entre une sculpture, une peinture, une composition musicale et une performance, il s’agit du même contenu. Seul le contenant varie. Mais soyons clair, si je fais de la musique, je ne vais pas essayer de me mesurer aux grands noms du répertoire classique.
On vous présente le plus souvent comme un sculpteur. C’est finalement assez réducteur. Vous êtes un touche à tout …
C’est vrai, mais c’est généralement mal vu. On est davantage pris au sérieux quand on se cantonne à un seul domaine. Ce qui ne m’empêche pas de poursuivre mes expérimentations, principalement dans le domaine musical à partir de ce que j’appelle les bruits « concrets » (exemples : les moteurs du Concorde, des sons enregistrés dans mon atelier …). Ces temps-ci, je travaille dans un tout autre registre avec le chanteur d’opéra Thomas Hampson. Un projet très stimulant. J’espère, par ailleurs, avoir la chance de renouveler l’expérience de la performance « Poésie-film-musique » faite au Centre Georges Pompidou en 2002 – mêlant un film qui datait de 1961, des poèmes ainsi que mes compositions sonores – mais cette fois à New York.
Artiste français à New York. Est-ce une bonne carte de visite ?
Ce n´est plus un avantage. La France était le centre de la vie artistique au siècle dernier. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui. Mais il y a toujours un certain prestige à être un couturier ou cuisinier français aux Etats-Unis.
Vous vous êtes installé définitivement dans la « Grosse Pomme » en 1966. Racontez-nous votre arrivée.
J’étais si fauché que je n’avais pas où dormir le premier soir. Mais New York était le seul endroit où il fallait être quand on est artiste. C est pourquoi j’ai choisi de rester. Arman, que j’avais rencontré à Nice, avait eu la gentillesse de m’offrir le billet d’avion. Ni lui ni moi n’avons regretté d’être venus. J’ai vécu au début dans son atelier vétuste qui empestait le polyester. Et, pour survivre, en plus d innombrables petits boulots, j’ai été son assistant. Un jour de désespoir, j’en suis même arrive à voler des Campbell Soup sur la 23ème rue! J’ai voulu les rembourser des années plus tard, mais le magasin avait fait faillite. Je ne voudrais surtout pas avoir l’air misérabiliste, car c’était, malgré tout, une belle époque.
On peut dire de votre vie, qu´elle ressemble à une vraie « success story » à l’américaine.
Du moins, à mes début, s’agissait-il d’un succès d’estime… Je faisais partie des artistes d’avant – garde. Echanger avec Sol Lewitt ou Donald Judd, appartenant au courant minimaliste, valait tout l’or du monde. Je leur dois d’ailleurs beaucoup, car c’est grâce à eux que j’ai pu exposer chez Leo Castelli et Virginia Dwan en 1968. Certes, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes très tôt. Mais il n’était pas donné à tout le monde de mériter leur confiance, tant les membres de ce cercle étaient durs y compris avec eux-mêmes. Juste avant que je cesse temporairement mon activité, une exposition de mes oeuvres organisée au musée Hans Lange de Krefeld en Allemagne avait reçu un excellent accueil. De 1976 – date a laquelle j’ai repris ma production artistique – jusqu en 1985, il m a fallu reconquérir au prix de gros efforts une place dans le milieu fermé de l’art contemporain. Ca n’a donc pas été toujours si facile.
Mais, dès 1963, vous vous étiez fait connaître avec le « Tas de Charbon » considéré par certains historiens d’art comme la première sculpture n’ayant pas de forme spécifique…
Oui, c’est vrai. J´en ai eu l’idée à la vue d’un tas de gravier mélangé à du goudron au bord d’une route de Nice, à l’époque où je travaillais justement sur des peintures « goudron ». Cette sculpture a eu le mérite d interroger bon nombre des critères conventionnels. Une des premières questions essentielles soulevées par cette œuvre est : qu’est-ce qui fait d’elle une sculpture ? Pourquoi pas, après tout, puisqu’il s’agit d’un volume… obéissant, lui, aux lois de la gravité. Pour ce qui est du charbon, ce choix s’explique pour une raison purement pratique : il est simple à manier.
Vous aimez provoquer ?
Pas du tout. Selon moi, on ne peut prétendre apporter de la connaissance et la garder seulement pour soi. Il n’y avait pas plus de provocation à réaliser un tas de charbon qu’à me coucher dans des poubelles (une performance réalisée en 1961). Il est rare que mon travail choque. Le seul risque qui le guette est de susciter l’indifférence. Cela arrive souvent avec mes peintures à base d’équations que des gens prennent pour des études chiffrées nécessaires à l’élaboration de mes sculptures.
Parlons justement de la place réservée aux mathématiques dans votre œuvre.
D’autres artistes, bien avant moi, avaient introduit les mathématiques dans leur travail. Avec du recul, je constate d’ailleurs que la démarche adoptée pendant ma période « conceptuelle » procédait davantage d’une logique scientifique qu’artistique. Mes écrits abordaient notamment la notion de « monosémie » pour désigner les œuvres d’art ayant un seul niveau d’interprétation (par opposition à « polysémie »). J’ai surtout contribué à révéler la dimension linguistique des mathématiques et ce, à des fins purement théoriques. Apparaissait pour la première fois une catégorie de signes, ne relevant ni de l’art figuratif ni de l’abstrait. Ainsi du diagramme mathématique, thème récurrent dans mon oeuvre.
C’est rare qu’un artiste ait un goût si marqué pour cette discipline …
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je n’ai pas reçu de formation scientifique. Mais j’éprouve une réelle fascination pour cet univers totalement différent du mien. J’avoue d ailleurs tirer bien plus d enseignements de livres de mathématiques ou de physique que des revues d’art. Ce n est pas un hasard si j entretiens depuis les années 60 des relations privilégiées avec des scientifiques tel Jack Ullmann, professeur à Columbia University, qui a toujours été de très bon conseil.
Vos fameuses « Lignes indéterminées » ont fait le tour du monde et sont actuellement à Denver. Par quel chemin(ement) êtes-vous arrivé jusqu’à elles?
Apres les arcs et les angles, ainsi que les lignes droites que je réalisais sur toile puis sous forme de reliefs en bois, les « Lignes indéterminées » se sont vite imposées comme un axe de réflexion majeur au point de devenir dès 1976 mon sujet principal. Je les appelle ainsi car contrairement aux autres, elles ne sont pas déterminées mathématiquement. Ces œuvres ont joué un rôle décisif dans ma perception des concepts d’ « aléatoire » et de « complexité ».
Difficile de rester insensible à leur aspect monumental. Manipuler l´acier doit relever de la véritable prouesse technique …
L’acier utilisé pour mes sculptures est plus « doux » que les autres, ce qui me facilite bien la tâche. Mais rien ne dit que je continuerai toute ma vie à l’utiliser… Bien que mes arcs et mes lignes soient en acier, ils font appel à des techniques de fabrication très distinctes. Tout ce qui n’est pas « indéterminé », c’est-à-dire lignes droites, angles et arcs, est réalisé dans une usine en Hongrie travaillant uniquement pour moi. Ma présence n’est pas indispensable. C’est à la même équipe que je confie depuis plusieurs années la réalisation de mes maquettes. Les pièces me sont rendues en morceaux. A moi ensuite d’apporter ma touche personnelle. Par contre, concernant les « Lignes indéterminées », le moindre centimètre est réalisé par mes soins dans une usine des Vosges. Les barres d acier sont très raides. Je les tords jusqu’ à en sortir quelque chose digne d’intérêt.
L’autre concept essentiel pour bien cerner votre oeuvre est l’ « aléatoire », n’est-ce pas ?
En effet. L’aléatoire fait partie de ces autres « possibilités » dans mon travail. Il évoque le contraire de l´ordre, de la construction idéale. Mes « combinaisons aléatoires de lignes indéterminées » en sont le meilleur exemple, les œuvres « Accidents » (1995) aussi qui sont nées de la chute malencontreuse d’un ensemble de barres droites appliquées verticalement contre un mur. Ce jour là, j’ai découvert que l’imprévisible, l´inattendu avaient aussi leur mot à dire dans l’art.
Les orientations prises dans votre oeuvre ont dans l’ensemble été dictées par des choix très rationnels. Mais cette fois, vous avez laissé aussi le hasard s’exprimer…
Le hasard n’explique pas tout. Le processus de création est à la fois varié et extrêmement diffus. Le tas de charbon, d’une certaine façon, évoquait déjà le caractère aléatoire des lignes…
Vous planchez depuis plusieurs années sur un projet qui a pour nom « Grandes
Diagonales » et pour sous-titre « Global art – Global communication – Global humanity » ». Pouvez – vous nous en dire deux mots ?
Comme son nom l’indique, « les Grandes Diagonales » est un projet très ambitieux. L’idée est née en 1989, à la demande de Jack Lang, ministre de la culture de l’époque, en vue de la célébration du centenaire des droits de l homme. Ma proposition n’avait pas été retenue, mais elle ne m’a jamais quitté. Il s´agissait de prendre la terre comme œuvre d’art en implantant, par exemple, à New York une barre d’acier placée de telle sorte qu’elle ressortirait dans une autre ville dans la continuation de cette ligne virtuelle souterraine, dont seules les deux extrémités seraient apparentes. Un espace avec écrans géants serait aménagé de part et d’autre pour permettre à des gens de cultures différentes de communiquer entre eux. Il comporte à l’évidence une visée humaniste. La tour Eiffel permet de voir les lointaines banlieues parisiennes, quand Global Diagonal mettrait le monde virtuellement à notre portée. L’expérience est bien sur applicable à toutes les grandes villes du monde. Mais c’est tellement cher et difficile à mettre en oeuvre qu’il n’est pas dit qu’il puisse voir le jour…
Toujours sur la brèche… Qu’est-ce qui vous fait courir ?
J’ai de nombreux projets qui ne manquent pas d´ambition comme appuyer une barre d’acier de 75 m contre l’Arc de Triomphe. Ce serait un geste fabuleux qui pourrait difficilement passer inaperçu. Le recours au photomontage permettant de visualiser la chose, il ne fait pas de doute que le résultat serait très concluant. Mais rien de comparable avec ce que je pourrais éprouver si je parvenais à remettre en question de manière radicale tout ce que j’ai fait à ce jour.
Qu’entendez-vous par « radical »?
La radicalité en art, c´est pour moi ce qui est sans compromis, novateur à l’extrême. C´est la « coupure épistémologique » dont parlait Bachelard, ce moment où tout bascule. Dans un sens, ma période conceptuelle l’a été par rapport à tout ce qui avait été pensé à l’époque. Mais on sait à quel point l’analyse de l’histoire a posteriori est sévère, il est donc trop tôt pour l’affirmer. Le temps nous dira si cela valait le coup.
Audrey Khalifa
Nouvelles publications :
Art : A Matter of Context. Bernar Venet : Writings 1975 2003, Hard Press Editions, Lenox, Massachussetts
Bernar Venet : L’espace de la perturbation, catalogue publié à l’occasion de l’exposition à la galerie Jérôme de Noirmont à Paris.
Dates clés
1966
S’installe définitivement à New York.
1971
Arrêt de son activité artistique.
Rétrospective au New York Cultural Center (New York, USA) avec publication du catalogue raisonné de son oeuvre conceptuelle.
1976
Retour à New York à l’automne. Reprend sa production artistique.
Travaux sur toile “Angles” et “Arcs” qu’il développera jusqu’en 1979.
1979
Reliefs en bois: Angles, Arcs, Diagonales et première Ligne Indéterminée.
Sculptures d’Arcs en acier et idée d’un arc monumental sur une autoroute.
1994
La Mairie de Paris présente douze sculptures “Lignes Indéterminées” sur le Champ de Mars.
1997
S’installe dans un nouveau studio à Chelsea, New York.
2002
Réalise une performance “Poésie-film-musique” au Centre Georges Pompidou, Paris, France.
2004
Exposition à la Galerie Robert Miller (New York) d’une série de nouveaux Arcs
La Ville de New York invite Bernar Venet à présenter trois grandes sculptures sur Park Avenue
Inauguration d’une sculpture monumentale à Denver
Fiaf le magazine, Alliance Française de New York, automne 2004
La petite échoppe est prise en sandwich entre un primeur de fruits et légumes et une boulangerie. L’entrée n’est pas directement sur la rue, mais dans l’immeuble situé au 16 de la rue Rambuteau immédiatement à gauche après la porte. On pourrait croire qu’il s’agit d’une ancienne loge de gardien, il n’en est rien. La boutique de Shigeko, styliste japonaise, est connue notamment pour être une des plus riquiquis de Paris : c’est dans 8m2 seulement et ce, depuis 19 ans, qu’elle fait partager sa passion pour les dentelles. Comment fait-elle tenir autant de choses somme toutes assez délicates (et de clients, quand il y a de la place pour deux personnes tout juste) ? La solution : en mettre partout, des murs au plafond et à même le sol. Chemises finement brodées, nappes de grand-mère, tissus fleuris, robes à en donner le tournis (du moment que ce ne sont pas les prix, compris entre 10 à 400 euros !). Mais le véritable appât sont les bijoux mis en évidence en vitrine – seule fenêtre sur le monde extérieur. Devant tant de broches kitsch et de boucles d’oreille en pagaille, on mord à l’hameçon.
A.K
Dentelles 16, rue Rambuteau, 3ème 01 42 74 02 51 (ouvert du mardi au samedi de 14h à 18h)
Une boutique comme un petit musée regorgeant d’objets rares. Bienvenue au paradis de la lingerie vintage. Dissipons d’emblée les doutes éventuels : les modèles n’ont jamais été portés. Pour ceux tout droits ressuscités des années 20-40, ils proviennent des trousseaux de jeunes filles de la « haute », à partir des années 50 et au-delà. C’est sur les fonds de stocks que Ghislaine Rayer, la patronne, mise pour étoffer sa collection personnelle déjà riche de plus de 10 000 pièces soigneusement entreposées depuis l’âge de 14 ans. Les doublons sont destinés aux boutiques (il en existe deux autres à Paris sous le même nom). Pour la petite histoire, c’est dans son propre cabinet d’assurance (son vrai métier qu’elle continue d’exercer parallèlement à sa passion) qu’elle a rencontré son associé, ancien cameraman du plus fameux de ses clients, Johnny Hallyday ! Et de lancer bientôt sa propre ligne dans un esprit rétro. Chemises de nuit, soutiens gorge, bas de soie d’époque n’ont en tout cas pas pris une ride. D’un point de vue technique, leur qualité était même bien supérieure d’après Ghislaine Rayer : la marque Star, chérie de ces dames jusque dans les années 50 avant de disparaître complètement, vaut de l’or tel ce combiné – guêpière zippé devant et rebrodé de perles noires. Le plus cher des Nuits de Satin (490 euros). En vente aussi des œuvres d’art qui habillent les murs roses et des vêtements sublimant les dessous.
A.K
Nuits de Satin 5, rue Jean Bologne, 16ème 01 45 27 27 45
Glamour, paillettes et recherche esthétique… Des caractéristiques qui sied autant à l’univers de la mode qu’à celui du 7ème art. De Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? à Blow-Up en passant par Prêt-à-porter, certains films justement ont fait de la mode leur sujet. Si pour Robert Altman, le réalisateur de Prêt-à-porter, le monde des médias est devenu le lieu de l’événement, William Klein, lui, filme à travers Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? la manière dont l’artiste intégre la logique médiatique à son travail. Loin d’être une apologie du monde de la mode, ces long métrages le présentent au contraire sous des dehors pas toujours flatteurs.
1966 : Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (Prix Jean-Vigo)
1966 : Blow-Up de Michelangelo Antonioni (Palme d’or au festival de Cannes).
1994 : Prêt à porter de Robert Altman
Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?
L’intrigue. L’histoire se partage entre le monde de la publicité, de la mode et de l’ORTF. Polly Magoo, mannequin vedette du créateur révolutionnaire Isidore Ducasse, est scrutée sous tous les angles par une équipe de journalistes télé (Jean Rochefort en réalisateur et Philippe Noiret en interviewer). Alors que la jeune femme fait l’objet d’un reportage télévisé baptisé « Qui êtes-vous ? », le prince héritier s’éprend du mannequin Polly Maggoo.
Mode et cinéma entretiennent des rapports tumultueux chez Klein. William Klein se lance au début des années 1960 dans la réalisation de sa première oeuvre de fiction et ne s’arrêtera plus de tourner. Mais il s’est d’abord fait un nom en tant que photographe chez Vogue.
C’est le premier film qui prend pour théâtre les coulisses de la mode. Les tenues en taule portées par Polly Maggoo sont imaginaires mais préfigurent le stylisme d’un Paco Rabane. L’héroïne est interprétée par une authentique mannequin-vedette, Dorothy MacGowan. Son personnage est inspiré par le parcours de Twiggy, véritable égérie des créateurs de l’époque. William Klein aborde le sujet du mannequinat à un moment où les agences n’existent pas encore (Polly Maggoo travaille à son propre compte).
Les limites entre fiction et réalité sont sans cesse brouillées. Dans la géographie également, toute ressemblance avec des lieux réels n’est pas fortuite : l’hôtel où vit Polly hébergeait vraiment des mannequins. Ce film à l’esthétique pop affirmée s’amuse à caricaturer la haute couture mais aussi la télévision, une parodie poussée jusqu’à l’autodérision. Polly Maggoo vaudra à William Klein la fin de son contrat de photographe chez Vogue. Ses rapports ambigus, faits d’attirance et de répulsion, lui ont souvent été reprochés. Travailler dans la mode était un moyen pour lui de financer les projets qui lui tenaient à cœur (la réalisation de ses livres sur Rome, Moscou et Tokyo). Il s’en expliquera plus tard dans « In and Out of fashion », où il fait le point sur quarante années de relations tumultueuses à l’égard de la haute couture. Son point de vue évolue néanmoins avec l’arrivée d’une nouvelle génération de créateurs (Alaïa, Gaultier… ) proposant une mode plus ludique.
Blow-up
L’intrigue. L’action de ce film italo-britannique se situe dans le Londres des années 60. Thomas, un photographe en vue joué par David Hemmings, se rend un matin dans un parc pour prendre des clichés. Thomas photographie de loin un couple qui s’embrasse. La femme, Jane, s’aperçoit de sa présence et lui réclame les négatifs mais Thomas s’y refuse. Jane le retrouve dans l’après-midi, et va jusqu’à s’offrir à lui en échange des pellicules. Il développe les photographies du parc en procédant à des agrandissements successifs (le sens de blow-up en anglais), et réalise qu’il a en fait été le témoin d’un meurtre. Il se rend sur les lieux et découvre le cadavre que ses photographies lui ont révélé. De retour chez lui, il trouve son atelier vide : clichés et négatifs ont été volés. Désemparé, il cherche en vain conseil auprès d’un ami. Au petit matin, il découvre que le corps a lui aussi disparu. Blow-Up ne bascule jamais pour autant dans le registre policier.
Un film très stylé. Peu de dialogues, une trame narrative réduite mais un film dont l’esthétique a laissé une emprunte durable. C’est à Londres qu’Antonioni tourne « Blow-Up », marqué par les débuts de la révolution sexuelle et de la pop music. Pour créer le personnage principal, Thomas, Antonioni s’est inspiré du photographe anglais David Bailey, mais le magnifique studio du film est celui de John Cowan, un confrère moins illustre. La tendance dandy mods bat alors son plein. Avec son jean 501 Levi’s blanc porté serré, son gros ceinturon et sa chemise bleue, Thomas en est l’archétype. Le look Mods rime aussi avec boots haute et zippée, cheveux en bataille, veste trois boutons. Les filles arborent des robes courtes et flashy, ont les cheveux crêpés et des cils démesurés.
La scène la plus « fashion » – une des plus célèbres du film – correspond à la séance photo avec Verushka, prenant des postures des plus suggestives dans une robe très dénudée devant l’objectif aux aguets de Thomas. La vamp Veruschka, mannequin à la ville, joue son propre rôle dans Blow-Up. Une autre séance photos se succède avec cette fois une brochette de modèles dont les tenues rivalisent de fantaisie. Incarnée notamment par Jane Birkin, la figure de l’adolescente qui pose, elle, pour des catalogues (et non des magazines, nuance…) en petite robe trapèze. Plus sage en apparence seulement puisqu’elle finit quasi nue.
Avec le succès international que connaît Blow up grâce à sa palme d’or, la vogue Antonioni est alors à son sommet.
Prêt-à-Porter
L’intrigue. À Paris, pendant les collections de haute couture, Olivier de La Fontaine, patron de la Chambre syndicale du prêt-à-porter, s’étouffe en mangeant un sandwich. Tandis que mannequins, journalistes et stylistes s’affolent pour les défilés, la police enquête…
Les coulisses de la mode parisienne. Le propos du film : la mode a pris une place considérable dans nos sociétés. La caméra de Robert Altman pénètre les coulisses des grandes maisons de couture, quittant les salons feutrés et intimistes des ateliers pour les grands shows que sont devenus les défilés. On y voit les supermodels du moment – Claudia Schiffer, Linda Evangelista… – parader lors des défilés notamment Christian Lacroix et Sonia Rykiel. Cette dernière apparaît même dans le film Prêt-à-porter de Robert Altman où elle joue son propre rôle (sa fille a été engagée comme consultante artistique du film). Et toute une brochette de stars : Mastroianni, Loren, Basinger, Cassel, Aimée.
Altman prend un malin plaisir à exposer ces scènes de la vie parisienne. Et emprunte au vaudeville : la scène du président de la chambre syndicale de la mode qui s’étouffe mortellement, la guéguerre que se livrent créateurs, journalistes et photographes… pour montrer les limites du glamour. À travers ce personnage, c’est toute la haute couture elle-même qui est ridiculisée.
On en a beaucoup voulu en France à Robert Altman de s’être attaqué au milieu de la mode. Ce dernier rétorque qu’il s’intéresse davantage « à la nudité qu’aux vêtements ». La scène finale montrant un défilé de corps nus, et une foule qui éclate en applaudissements résume bien le propos. D’où l’affiche (des modèles nus dont on ne voit pas la tête) et le slogan : « une tenue correcte sera exigée à l’entrée ». Le ridicule n’est jamais loin… C’est ce que semblent résumer en définitive toutes ces œuvres qui se sont imposées, elles, comme des références incontournables dans les annales du 7ème art et dans une certaine mesure de la … mode.
Ils ne sont qu’une poignée. En dispensant couvertures et bonnes paroles aux nombreux sans domicile fixe de la capitale, les inspecteurs de sécurité de l’Assistance aux Sans-abri se sont rendus en peu de temps indispensables.
« Alpha 5. 45 ». Nom de code transmis au talkie-walkie par l’équipe d’Assistance aux Sans-abri (ASA) en service ce matin là. Localisations et horaires sont ensuite soigneusement consignés sur papier et relevés par le poste de commandement de la direction: « 8h22, écluse des Récollets, Paris 10e ». Moment privilégié pour réaliser leur mission de veille sociale. Avant que les SDF ne lèvent le camp pour faire la manche ou se diriger vers les accueils de jour. Passé midi, c’est trop tard : ils sont souvent bien trop alcoolisés pour réagir. Cela arrive même à Patrick*, de loin le plus « propre sur lui » des nombreux sans logis rencontrés, ragaillardi par le projet d’une escapade champêtre dans la Vallée de Chevreuse. A quelques mètres de là sous un pont, un monsieur âgé, en piteux état, somnole, emmitouflé dans des couvertures plus crasseuses les unes que les autres. Question incontournable par les temps qui courent : « Pas trop froid ? », s’enquièrent les deux membres du groupe Fillette 2 (du nom de leur base du 18e arrondissement). Non de la tête, il parle à peine le français. « Ce qui nous préoccupe avant tout, c’est leur état sanitaire. On aborde rarement les sujets intimes, plus délicats », explique Pascal, un des deux acolytes.
Repérer les personnes en situation de grande précarité, au même titre que le Samu social ou la BAPSA (Brigade d’Assistance aux Personnes Sans-abri) plus connus du grand public, occupe le plus clair de leur temps. Généralement par groupe de quatre, motivés et soudés, ils arpentent une zone entière de la capitale (découpée par leur soin en quatre parties). Résultat, 5000 contacts noués rien que sur l’année 2004. Conformément à leur statut, les Inspecteurs de Sécurité de la Ville de Paris (ISVP) rattachés à la Direction de la Prévention et de la Protection (DPP) sont habilités à intervenir uniquement dans les parcs, squares, jardins, berges, boulevards périphériques… Et à orienter les plus nécessiteux vers les différentes associations et centres d’hébergement compétents. Dans la rue où le moindre m2 d’espace un tant soit peu protégé – des intempéries, pas des dangers qui les guettent, les équipements municipaux sont pris d’assaut. Lancée il y a six ans pour s’occuper des « SDF chiens errants » (activité qui relève désormais de la police), cette unité spéciale de la DPP existe dans sa forme actuelle depuis décembre 2003. Créée en soutien au plan d’urgence hivernal, elle bénéficie elle-même depuis le 24 janvier du renfort ponctuel d’une trentaine d’agents. Sur les starting-block pour distribuer duvets et couvertures dès les premiers frimas, les 19 « ISVP » – en comptant les chefs – recrutés sur une base de volontariat, alternent terrain, tâches administratives et entraînement sportif.
La Porte de la Villette avec celle d’Aubervilliers sont les quartiers comportant la plus importante population d’exclus. Un paysage hostile, dominé par bitume et carrosseries. Et pourtant, le long des maréchaux un bidonville, mini village tsigane abritant une quarantaine de familles, plus loin encore un campement improvisé jaillissant des gravas… Dans ce no man’s land, les autres acteurs de la solidarité s’aventurent peu. Ou pas du tout comme c’est le cas des bois. Boulogne où se trouve le QG des « Paco », la plus vieille des cellules constituées, est leur domaine réservé (ils couvrent aussi le 7e, 8e, 14e, 15e et 16e). La bande de l’après-midi gare son véhicule en face du très chic Pavillon d’Ermenonville pour rendre visite à un homme dormant dans une bouche d’égout depuis une vingtaine d’hivers ! Absent, ce dernier a laissé un mot (avec écrit en gros « boulangerie ») à l’attention de ses hôtes, pas peu fiers d’avoir gagné sa confiance quand parfois des semaines ne suffisent à arracher un prénom ou un mot. Il a 80 ans. Difficile à cet âge d’envisager une réinsertion.
Possible dans une minorité de cas d’après les Paco, elle l’est quand on est « SDF ». A la différence des « clochards » que l’on imagine poussant leurs caddies et des « marginaux », susceptibles d’être agressifs. Et d’évoquer ce cercle vicieux qui commence par la perte d’un emploi, divorce ou autres et finit où l’on sait. Il y a aussi la catégorie des itinérants échappant aux statistiques et à tout suivi.
Du fait de leur uniforme bleu marine – source de confusion avec l’institution policière – et de leurs carrures imposantes, les agents de la Ville ont conscience d’intimider quand on les croise pour la première fois. D’où la volonté de multiplier les déplacements en civil sans l’arsenal habituel (arme de 6e catégorie, gazeuse, menottes, carnet de PV). Des paroles réconfortantes achèvent généralement de fendre l’armure. « Pas simple de côtoyer la misère au quotidien surtout quand elle touche des femmes avec enfants et qu’on a soi-même une famille », confesse le plus jeune. « Nous ne faisons jamais d’éviction. Tout au plus leur demande-t-on de limiter leur encombrement », poursuit-il tout en allant à la rencontre de Marie. Après une plainte déposée par des riverains (tout un fatras d’affaires et de détritus lui appartenant jonchait la pelouse des Invalides), celle-ci s’est vue intimer l’ordre de partir. Direction le parking situé en sous-sol de l’Esplanade, jouxtant un commissariat. Un nouvel emplacement qui sort du domaine de compétence strict de l’ASA. Les quatre compères sont quand même venus la voir. « Elle a la paix jusqu’au 31 mars. Pas sûr qu’elle puisse rester au-delà de la trêve hivernale ».
*Les patronymes ont été modifiés pour respecter l’anonymat des personnes citées
Mission Capitale, mars 2006
Un nom qui ne prédisposait pas au succès. Pierre Battu est l’heureux fondateur des fameux French Tuesdays qui de New York, où les premières soirées ont vu le jour, à la Côte Ouest en passant par la Floride ont fait parler d’elles. Un véritable phénomène qui a émergé en mars 2003 en plein French Bashing à un moment où le besoin de se retrouver entre Français s’est fait sentir. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la faune qui les peuple est ultra cosmopolite et polyglotte (les français représentant moins de 30% du total). Un parti pris du créateur qui a souhaité en faire un rendez-vous francophile, et non exclusivement francophone, en jouant sur « l’attachement émotionnel à l’Europe » à travers dress code (jeans et baskets proscrits), musique et animations.
1200 à 2000 personnes se bousculent un mardi sur deux devant un des nombreux lieux branchés que compte « la ville qui ne dort jamais ». Jamais le même, c’est aussi ce qui fait le charme du concept. Un petit exploit tant les bars guindés et les occasions de faire la fête ne manquent pas (d’où d’ailleurs le choix du mardi, un soir de la semaine relativement calme et de ce fait moins exposé à la concurrence). Pour remplir leur salle, l’équipe des French Tuesdays soudée autour de Pierre Battu peut compter sur la présence d’inconditionnels aimant se déhancher dès 19h00 à la sortie du boulot sans avoir à attendre les douze coups de minuit. « Notre objectif n’est pas de créer l’atmosphère d’une boite de nuit mais davantage celle d’une réception. Les mannequins anorexiques ne sont pas notre fond de commerce».
Pour être sur la liste, une inscription via le site Internet (www.frenchtuesdays.com) est requise et conditionnée à certains critères (25 ans minimum, résider dans la ville…). Si on ne rentre pas dans cette catégorie, il existe toujours le système de parrainage qui peut permettre de forcer les portes de ce club huppé. Profil type : jeune trentenaire travaillant dans la finance et disposant d’un confortable revenu (120 000 $ par an minimum). Une sélection complètement assumée par les organisateurs qui misent à fond sur la fidélisation des « BCBG », plus sûr moyen d’appâter les sponsors (le champagne Laurent Perrier est le seul pour l’heure). Indispensables à la viabilité du modèle d’« hospitality business ». En échange, gratuité à l’entrée et boissons quasiment offertes (du moins à des prix défiant toute concurrence).
Ceux qui imaginent Pierre Battu en nightclubber au look d’éternel adolescent ou en dilletant à qui la chance aurait souri seront déçus. S’il n’en a pas manqué dans son existence, sa connaissance du terrain et sa « vision » ont fait le reste. La voix assurée, le contact facile et le verbe haut, il a tout d’un talentueux «PR » (public relation) doté d’un sens aigu des affaires. Avant de se jeter dans la fausse aux lions new-yorkaise, ce self-made-man de 40 printemps a bien roulé sa bosse et tâté de l’organisation d’événements à Paris. Ce monde-là dans lequel cet oiseau de nuit évolue en costard cravate lui offre un terrain de jeu idéal dont il brosse le tableau, sous formes de chroniques savoureuses, sur les ondes de BFM tous les quinze jours.
Peu de gens donnaient cher de la réussite du projet. Même lui doutait au fond. C’est sur ses propres deniers et avec la complicité de son ami Gilles Amsallem, co-fondateur multi casquette (réquisitionné comme photographe le temps des soirées), qu’il se lance dans l’aventure. Sans être une consécration, sa récente nomination au poste de conseiller du commerce extérieur lui a ouvert, outre-Atlantique, les portes du très fermé cénacle des notables français. Juste récompense pour ce véritable bourreau de travail – si il a pris un mois de vacances en 5 ans, c’est beaucoup -, pouvant se prévaloir d’un chiffres d’affaires d’années en années exponentiel. Pas encore de quoi crâner, ce n’est de toute façon pas le style de la maison. Les French Tuesdays, vaisseau amiral, vitrine de sa société (baptisée « Selavi »), coûtent généralement plus cher qu’elles ne rapportent.
Depuis un an Miami a aussi droit à son « mardi Français », le 4 avril ce sera au tour de Los Angeles avant probablement San Francisco, prochaine sur la liste. Il y a aussi les Hava Light, transposition du concept destiné à la communauté juive de New York. Soit 150 évènements annuels en incluant les prestations aux entreprises pour lesquelles ils sont de plus en plus souvent sollicités, un des axes forts de développement. Et de loin le plus rentable. Leur fichier membre riche de 3500 noms vaut de l’or, et profite aux invités eux-mêmes. En quelques années, les fêtes signées « Pierre et Gilles » se sont en effet taillées la réputation méritée de haut lieu de « networking ». « Tant mieux si nos hôtes trouvent un intérêt relationnel à venir chez nous, c’est le but ». « Pas mal non plus pour draguer. 80% de nos membres sont célibataires », lance Pierre Battu volontiers roublard. C’est d’ailleurs comme ça qu’il a rencontré sa future femme.
Audrey Khalifa
Le journal français (www.journalfrançais.com), Mai 2006
Un accès à Internet gratuit dans 200 jardins ou sites extérieurs (tel le Parvis de l’Hôtel de Ville) ! C’est une bonne nouvelle et une vraie bonne idée. « Le Wi-Fi sera ce que les fontaines Wallace sont à la distribution d’eau : un service rendu aux Parisiens en même temps qu’un art de vivre dans la Ville », explique la Ville de Paris. La municipalité entend en effet expérimenter un ” mobilier Wi-Fi “, adapté à l’usage d’un appareil numérique en extérieur. Une première (mondiale). Le boulevard Clichy – Rochechouard servira de terrain d’expérimentation. Autre originalité, les espaces verts se trouvant à proximité des bibliothèques municipales auront le statut de ” jardins municipaux numériques “. Nouveaux paradis terrestres